‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 110 sur 185 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

que part, que votre lit est préparé, que vous êtes ici chez vous, et vous me revenez sale à faire frémir et le ventre creux! Vous aurait-on mis à la porte, par hasard ?

— Mon cher Pampelonne, j'en ai pour deux heures avant de l'avoir tout dit.

— Grand merci ! Demain la journée sera longue en diable et je n'aurai qu'à vous écouter. Obligez-moi seulement de répondre à ces deux questions : Avcz-vous faim et soif depuis vingtquatre heures que vous n'avez ni bu ni mangé?

— Oui.

— Parlez-moi d'un estomac d'amoureux ; il n'a de rival que chez les dromadaires... Voulezvous partager mon ht?

— Non.

— Eh bien î corbeuf ! mettez-vous là, et soufflez sur la bougie... Me voilà mort jusqu'au grand jour!

Le Gascon fit tête au mur, et quoi qu'imaginât Gourdon pour lui arracher une parole, il resta bouche close et dormit bientôt comme un homme qui n'a rien de plus et rien de mieux à faire.

Quoique le soleil frappât depuis plus d'une heure les croisées du pavillon du sous-gouverneur, Pampelonne et Gourdon dormaient encore. Le chevaher, qui avait passé toute la nuit

2i LE CHEVALIER DE PAMPELOItltE.

précédente à courir à travers champs, à escalader Je logis du capitaine du Fresne et à mystifier du Halot, était couché sur le même côté qu'il avait choisi pour s'endormir et en était à son premier somme. Le vicomte, qui avait employé h de vagues rêveries sa première heure de repos, avait fini, grâce à sa nature vigoureuse, par fermer les yeux et imiter son camarade de lit.

Les deux amis étaient donc plongés dans ce bienheureux état qui, chaque nuit, depuis plus de six mille ans, prouve à tous les poltrons de la terre que la mort n'est pas si laide qu'ils l'imaginent.

Gourdon fut le premier à se réveiller; et, sans malice, il poussa rudement son compagnon.

— Pour l'amour de Dieu, mon cher vicomte, laissez-moi faire au moins le tour du cadran, j'y tiens.

— Pampelonne, mon garçon, tu n'es pas amusant depuis hier soir.

— Allons ! M. de Gourdon, s'écria le chevalier, je vois que vous mourez d'envie de me parler de votre princesse. Donnez-vous-en une fois pour toutes, je vous écoute; quand vous aurez fini, je recommencerai mon somme.

— Mais il est grand jour !

— Qu'est-ce que cela prouve?... Ne sommesnous pas en pays conquis, et n'ai-je pas le droit

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