‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 111 sur 185 · CHAPITRE TI · texte numérisé non relu

CHAPITRE TI

d'y faire gr«issc matinée !... Ah çà ! où en étesvous (le votre ainoiirelte? Kt qu'est-ce, enfin, que cette passion biscornue dont vous vous êtes empoisonné? Est-ce tout bonnement pour parlager mon lit et me tenir éveillé que vous avez pris le château d'Angers?

Gourdon ne put tenir à cette apostrophe, débitée sur un ton moitié sérieux, moitié railleur, et accompagnée de ces inexprimables grimaces que l'ont les gens arraches brusquement à leur sommeil. Il répondit avec un rire bien franc :

— Won ami, je m'étais trompé du tout au tout, en entreprenant la conquête de la dame en question. Elle n'est pas ce que je me figurais.

— Bon! qu'est-ce donc?... Une vieille? une laide?

— Triple fou ! pas de mauvaise plaisanterie.

— Eh l donc, si c'est une femme jeune, jolie, en quoi vous étes-vous trompé, s'il vous plaît?

— En ce que je croyais l'aimer tout simplement.

— Et vous ne l'aimez pas! Vous n'aimez pas une femme pour qui vous avez fait quatre-vingts lieues en pays ennemi, étrillé et bouchonné les chevaux d'un cuistre pendant trois semaines, et pris un château fort à vous seul ou peu s'en faut!... Ventre du pape! que feriez-vous donc si vous aimiez?

— Je n'aime pas cette femme ; je suis en adoration devant elle comme devant une divinité.

— Oh çà î vicomte, quelle histoire me racontez-vous là?... Je vous somme de me laisser dormir.

— Je croyais, reprit Gourdon sans s'arrêter à cette exclamation, poursuivre un caprice, une de ces petites passions que les obstacles irritent, mais qui tiennent plus de place dans la tête que dans le cœur. Je croyais entrer dans le boudoir de mon étrangère comme j'étais entré dans cette citadelle, en vainqueur; bref, je m'étais imaginé n'avoir qu'à me présenter chez elle pour trouver bonne table et bon logis. Eh bien ! brave Pampelonne, j'ai rencontré dans mon inconnue une grande dame qui, le diable le sait, a dû porter quelque part quelque couronne.

— Ah bah!

— Figure-toi des yeux fendus comme ceux d'une biche, doux, voluptueux et parfois éclairés d'étincelles foudroyantes; un geste grave, un parler majestueux qui s'efforce de cacher l'accent du commandement; un maintien noble, sans roideur, et gracieux toujours; une toilette de reine et un front assez haut pour briller sous le plus beau diadème.

— Peste ! je commence à me réveiller tout de bon. Si c'était par hasard la reine des Espagnes?

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