LA ROUE
— La nuit venue, reprit le prisonnier, je m'armai d'un falot et me mis à la découverte de cette galerie que signalait le grimoire du baron d'Angers. •
Ici du Halot fronça le sourcil, passa la main sur son front comme pour tenter un effort de mémoire, et, faisant signe à son neveu, il continua :
— J'arrivai sous la voûte qui fait communiquer la cour d'honneur et la cour des citernes, et, suivant la muraille qui était à ma gauche, je
fis dix pas en avant. Alors, je vis une plaque de fer bardée de tringles épaisses que j'avais toujours prise pour une plaque de soutien destinée à renforcer les pierres de taille en cet endroit. Je comptai les tringles du haut en bas; et, appuyant le pouce sur la troisième, je poussai violemment : elle résista. Je frappai avec un pavé, et, au quatrième ou cinquième choc, la tringle pivota sur elle-même comme sur un gond. Promenant alors mon falot sur la plaque , je vis un petit trou triangulaire que la rouille avait respecté, car la tringle qui le recouvrait depuis si longtemps l'avait protégé. Je pris avec de la cire l'empreinte de ce trou et remis la tringle à sa place.
« Le lendemain, je commandai à un serrurier de la ville plusieurs clefs modelées et forées d'après cette empreinte ; et, la nuit suivante, j'ouvris sans aucune difficulté la porte mystérieuse.
« As-tu écrit? demanda du Halot.
— Oui, répondit le Jacobin, dont la plume voltigeait, en criant, sur le papier.
— Je fis quelques pas devant moi, dans une sombre galerie qui, tournant brusquement à droite, se prolonge vers le nord. Après avoir marché cent pas environ, je me trouvai devant une nouvelle porte en tout semblable à la première, et munie d'une serrure pareille, que j'ou-