CHAPITRE V
Il fut n'solu qu'on attendrait au lendemain pour exécuter le projet de fuite.
Le lendemain la citadelle était enveloppée de palissades qui mettaient les assiégeants à l'abri comme dans un camp retranché.
Les troupes du duc de Joyeuse arrivaient successivement par gros escadrons et par pelotons. Leduc lui-même était campé près delà villeavant huit heures du matin; et bientôt le bruit se répandit que le comte de Brissac avait été vu galopant, à une lieue d'Angers, à la tête de trois cents chevaux d'élite.
Alors Pampelonne conseilla à Gourdon d'engager la Vénitienne k sortir, sans escorte, de la citadelle et à se rendre au quartier du duc de Joyeuse, où elle serait honorablement reçue.
Gourdon fit un violent effort sur lui-même, et alla bravement porter ce conseil à la signora Fabiani.
— Et que deviendrez-vous ? demanda la Vénitienne.
Le vicomte montra les plafonds lambrissés, et joignant à sa parole émue un geste énergique, il répondit :
— Je m'ensevelirai sous les ruines de ce donjon, madame.
— Eh bien! je resterai, moi aussi... et vous tiendrai compagnie.
LE CHKTUIEa I>S riHPILOIRE. 3. 8
La gitana, qui attendait cette réponse avec anxiété, vinlbaiser les mains de sa marraine, etjeta au vicomte un regard élincelant de hardiesse sauvage et résignée.
Gourdon tressaillit en entendant ces mots qui tombèrent dans son âme comme une douce révélation; mais il se hâta de répondre, la voix troublée, le cœur gonflé :
— Vous oubliez , madame , que nous ne sommes pas du même parti, que je suis calviniste et vous catholique ; votre camp est sous cette citadelle.
— Oui, mais ma place est ici. M. de Gourdon, vous vous êtes otïicieusement offert pour me proléger. C'est pour me sauver que vous avez entrepris la conquête de ce château, et que votre vie se trouve aujourd'hui menacée. Je dois donc partager votre sort... Vous ne ferez pas aux catholiques l'affront de les croire moins généreux que les calvinistes.
— Hélas ! madame, les catholiques de France nous ont laissé de funestes souvenirs !
— Ceux de Venise les n'habiliteront. Faites votre devoir de guerrier; j'attendrai la volonté du Seigneur.
— xAîais cela ne se peut pas. Mon Dieu ! cela ne se peut pas! s'écria le vicomte ; songez que vous serez accueillie avec respect et honneur par