CHAPITRE VI
deux gentilshommes. Les soldats parlaient de capituler, et il était inhumain de les sacrifier en les exposant plus longtemps à la fureur des catholiques.
Pampelonnc, qui avait profité de chaque nuit pour transporter dans son souterrain des vivres, du vin et une bonne provision d'eau, avait ajouté à tout cela quelques outils, tels qu'une lourde pince, des ciseaux de tailleur de pierre et un marteau. Il n'avait pas oublié les munitions de guerre et les armes, de sorte qu'il avait transforme le caveau en magasin et en arsenal tout à la fois.
Lorsque le Gascon vit que les dix soldats qui restaient debout, et encore y en avait-il quelques-uns de blessés parmi eux, demandaient à se rendre, et lorsqu'il vit que le canon des catholiques allait faire brèche, il tint conseil avec son ami.
Gourdon fut d'avis d'accrocher à un créneau le plus mutin des soldats, de tenir bon et de se faire sauter.
Pampelonne trouva l'expédient brutal, et fil si bien valoir son opinion, en l'appuyant sur la situation intéressante de la belle signora, qu'il ramena le vicomte à son sentiment, qui était de capituler.
On fit des signaux aux assiégeants, et le duc
de Joyeuse envoya un parlementaire porteur de ses conditions.
D'après ces conditions, la garnison devait avoir la vie sauve et les officiers se rendre à discrétion pour être jugés par le grand prévôt.
Gourdon regarda Pampelonne,et Pampelonne répondit que, pour son compte, il acceptait cette capitulation , si déplaisante qu'elle lui parût.
Un Romain n'eût pas été plus magnanime, et n'eût certes pas mis au sacrifice toute la grâce de l'enfant du Lot.
Gourdon ne voulut pas être en reste avec son ami, et souscrivit aux mêmes conditions.
Les hostilités cessèrent aussitôt, et il fut arrêté qu'une heure après cette conférence, les portes du château seraient ouvertes au comte de Brissac.
La garnison voulut porter en triomphe les deux gentilshommes, mais ils se dérobèrent à cette ovation.
— Maintenant, dit Pampelonne à Gourdon, allez prévenir votre princesse qu'elle ait à se tenir prête au premier signal que je ferai sous ses fenêtres; il s'agit de nous tirer tous du bourbier où nous pataugeons... Courez, et surtout pas de gros paquets. . . Mettez, pour voire compte, vos pistolets à votre ceinture, et prenez un grand manteau.
Le vicomte se précipita, sans répondre un seul