‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 144 sur 185 · LE CAPITAINE LA GAZETTE · texte numérisé non relu

LE CAPITAINE LA GAZETTE

Les guerres de religion qui ensanglantèrent et ruinèrent la France du règne de François II à celui de Henri IV fournirent aux aventuriers de tous les pays des occasions sans nombre de se signaler et de faire fortune. Pendant le rèsjne désastreux de Henri III. ces aventuriers chevauchèrent tête levf'e dans nos provinces, prenant parti pour le prince ou le seigneur qui flattait le plus leur ambition ou plutôt leur cupidité. Il suffisait alors d'avoir la réputation d'un vaillant, de mettre lépée au poing avec audace et avec art,

pour être recherché soit de la cour, soit des ligueurs, soit des huguenots. Dans ces combats quotidiens, batailles, escarmouches ou duels, les hommes d'épcc ne devenaient vieux que rarement. Ils tombaient tous, en se suivant de près, frappés d'une balle ou d'un boulet, atteints par la dague ou par la lance ; heureux quand le bourreau ne les poussait pas dans ce vilain gouffre si noir que nous appelons, en beau langage, l'élernité.

En lisant l'histoire de nos guerres civiles, on est effrayé de cette multitude de catastrophes dont les écrivains les plus véridiques ont rempli toutes leurs pages; on est effrayé du dédain que l'homme d'alors avait pour la vie de son semblable et pour la sienne, et on s'enthousiasme malgré soi pour ces intrépides et insouciants cavaliers qui, un pied dans la tombe, riaient, conspiraient, chantaient, se battaient, écrivaient et donnaient à la galanterie, à l'amour tout le temps qu'ils pouvaient dérober à la guerre.

La noblesse vivait dans les camps, et les camps ennoblissaient ceux qui s'y faisaient une renommée. Il suffisait qu'un prince, un personnage puissant prissent en affection ou en estime un soldat parvenu, pour que ce soldat sortît du peuple ou de la bourgeoisie et devînt petit gentilhomme. Il ne portait ni titre, ni particule,

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