CHAPITRE VTI
mais il se disait capitaine; et ce grade, complètement lionoridqiic dtiilleurs, iiii donnait une importance qu'appuyaient, d'ordinaire, des façons de tranche-montagne et des allures de lansquenet.
Le capitaine la Gazette, Normand madré, était, sauf quelques particularités, taillé sur ce patron. Comme tous les fils d'Adam, il était pétri de qualités et de défauts. Ses amis, qui le jugeaient avec une bienveillante partialité, lui connaissaient cinq péchés capitaux, ses péchés mignons, à savoir, qu'il était très-gourmand, joueur effréné, un peu voleur, menteur ingénieux et querelleur par excellence ; en revanche, ils lui trouvaient deux vertus incontestables et incontestées, dont l'une faisait presque peur et dont l'autre faisait souvent rire : il était d'une bravoure téméraire et d'une chasteté héroïque. On connaissait de lui mille actions d'éclat qui en faisaient tout à la fois un émule de Roland et de Joseph, fds de Jacob et de Rachel.
Ce farouche et pudibond guerrier avait quelque peu dépassé la quarantaine ; il était haut de taille, sec, nerveux, efflanqué. Ses grandes jambes le soutenaient majestueusement. Sa tète avait le port fier, mais se pavanait avec quelque roideur sur deux épaules bien faites pour la cuirasse, quoique légèrement voûtées. Il soignait
avec prédilection d'épaisses moustaches et une longue royale rousse que caressaient sans cesse ses grands doigts osseux. Son profil tenait de l'oiseau de proie. Vu de face, son visage était plutôt laid que beau. Quant à son costume, il le changeait selon la circonstance, car il appréciait plus que personne ce dicton philosophique de Rabelais ; L'habit faut le moijne.
Malheureusement, notre homme était plus souvent pauvre que riche et ne jouissait que d'un crédit médiocre, de sorte que son pourpoint avait quelquefois plus de pièces que de galon.
En 4584, un an avant les événements que nous avons racontés, le capitaine la Gazette était à Venise; il s'était enflammé au récit de quelques histoires merveilleuses colportées par les aventuriers qui étaient allés chercher fortune dans cette ville opulente; et, très-épris de son mérite, il n'avait pas mis en doute un seul instant les succès qui devaient l'attendre dans un pays où les coups d'épée se payaient un prix fou.
Néanmoins, il eut de grands déboires; ses plus beaux rêves s'évanouirent, et, loin de vivre largement, comme il en avait le ferme espoir, il vivota pendant six mois , sans trouver la moindre besogne. En vain débuta-t-il par de bruyan-