‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 149 sur 185 · CHAPITRE vri · texte numérisé non relu

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s'arrêta pourvoir glisser sur leau le fanal diine gondole que poussaient des bras vigoureux. Tout à coup la gondole pencha sa poupe comme un vaisseau qui j)reud le vent, j)uis elle vacilla sur sa quille, et, pendant qu'un cri d'cnVoi partait de sa cabine, elle s'enfonça dans les flots qui se refermèrent sur elle en bouillonnant.

Mettre à bas son manteau, se débarrasser de son épée et se jeter à l'eau, ne fut pour le capitaine que l'affaire d'un moment; il plongea bravement, saisit un homme qui se débattait contre la mort, le ramena évanoui sur la chaussée, et se précipita de nouveau au secours des autres naufragés ; pendant qu'il nageait entre deux eaux, il se sentit pris à la fois aux cheveux et par une jambe : il se débarrassa par un violent coup de pied du malheureux qui se cramponnait à sa jambe, et, saisissant à bras-le-corps celui qui le tenait par la tète, il vint le déposer, respirant encore, à côté de son camarade ; puis comme c'était un homme qui ne faisait jamais les choses à moitié, il secoua ses membres nerveux pour les dégourdir, et alla repêcher, au fond du canal, le pauvre diable qu'il y avait laissé ; après une périlleuse recherche, il le trouva, le tirade la vase où il s'était à peu près enfoui, et le jeta sur la rive où il tomba lui-même, épuisé par ses intrépides efforts.

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106 LE CDEVALTEK PE PAMPELONNE.

— Combien étiez-voiis? demanda le capitaine à celui des trois hommes qui, le premier, donna signe de vie.

— Trois, noire maître que voilà, et nous ses deux laquais; la gondole faisait eau sans que nous nous en doutions, nous ne sommes pas marins.

— Je m'en suis pardieu bien aperçu... Vous dites donc que votre maître est ce pauvre diable que j'ai péché le dernier?... Ou je me trompe fort, ou son affaire est bâclée... Voyons cependant.

Le Normand visita de son mieux le noyé, le tourna, le retourna, le dressa sur ses pieds, et le laissa retomber en disant d'un ton doctoral et peu attendri :

— Il est mort !

Tout en rendant ces soins au trépassé, la Gazette n'avait pas oublié de le fouiller avec une dextérité qui lui était familière, et il avait fait passer dans sa poche une espèce de portefeuille en parchemin, qui, au poids, lui avait semblé contenir autre chose que des billets doux.

Son inspection achevée, le capitaine dit à celui des valets qui le regardait faire d'un œil encore alourdi :

— Ma foi ! je suis fâché de n'avoir pas su vous sauver tous les trois; mais il est temps que je

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m'aille sécher ; que Dieu vous soit en aide, niainlenanl. je vous souhaite une bonne nuit.

C'était un type bizarre que ce Normand ; tantôt lui ma il), tantôt cruel, souvent égoïste et quebiuef'ois généreux, il faisait le mal par habitude, et le bien |)ar distraction.

Il y avait loin, d'ailleurs, du lieu du naufrage à la villa Ruggieri, et lecapitaine était fort pressé de savoir ce que contenait la trouvaille qu'il avait faite dans la poche du noyé ; il rentra donc dans la ville, et, s'ap[)rochant d'une lanterne suspendue à la voûte d'un portique, il se mit en devoir d'ouvrir le portefeuille.

Nous ne prétendons pas savoir décrire la grimace que fit l'aventurier lorsqu'il ne trouva que quelques pièces d'argent, une lettre et une clef dans ce portefeuille. Sa mine s'allongea démesurément, et il frappa du pied avec énergie; puis il rompit le cachet qui était à l'adresse de la marquise Fabiani, à Venise, et lut, en épelant chaque mot (notre homme lisait comme un njaître d'armes), la missive que voici :

« Madame la marquise, je suis un grand coupable que saisit enfin le repentir. La ])auvre enfant que vous avez recueillie il y a quelques années, cette petite gitana dont les malheurs vous ont fait pitié, serait plus riche que vous, sa

bienfaitrice, si je ne l'avais odieusement dépouillée de ses trésors. Sans raconter en détail les circonstances du vol que j'ai commis, je vous dirai que la mère de votre protégée possédait, sur le navire où elle fut tuée, un petit coffre rempli de pierres précieuses d'une valeur de plusieurs raillions. Je me suis emparé de ces richesses qui appartiennent à l'enfant dont vous vous êtes si généreusement et humainement chargée, et je les ai cachées dans un lieu que, seul, je puis vous enseigner; je me liàte de mériter mon pardon en vous révélant un secret qui fera le bonheur d'une innocente créature, et adoucira envers moi la colère d'un Dieu vengeur.

«t Veuillez donc lire avec soin la notice que je joins à cette lettre ; en vous conformant exactement à mes indications, vous ferez un acte de justice, et sauverez mon âme du remords.

«( Je suis avec respect, madame la marquise, votre humble serviteur.

« Du Halot,

u ex-gouverneur de la citadelle et château d'Angers. »

Le capitaine la Gazette tourna d'une main frémissante le feuillet qu'il venait de lire, et ses yeux, ardents comme ceux du lynx, déchiffré-

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