‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 152 sur 185 · CHAPITRE VII. 1 l.'i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. 1 l.'i

La Gazette crut rêver en se voyant si bien servi par le hasard; il courut à son logis, fit un paquet de ses bardes et les donna à un pauvre peintre aussi gueux que lui pour l'engager à éerirc sous sa dictée la lettre que du Halot crut recevoir au nom de la signora Fahiani; puis, n'ayant que la cape et Tépre, il passa, joyeux et radieux, de son triste réduit au palais somptueux de la marquise.

Deux jours après ce changement de domicile, un vaisseau de l'orgueilleuse république appareillait [)0iir la terre de France, et mettait le cap sur Lordeaux. Deux femmes masquées étaient sur le pont, jetant, l'une un regard désolé aux rives de TAdriatique, l'autre un regard menaçant à l'horizon où le soleil décline. C'étaient la signora Fabiani etsa fidèle Venezia. Le capitaine la Gazette, drapé comme un consul dans son manteau, se souriait à lui-même en caressant sa barbe d'une main, et de l'autre la garde de son épée.

On sait ce qui arriva aux voyageurs. La Gazette, après avoir longuement réfléchi au parti qu'il devait prendre pour arriver au château d'Angers sans encomljrc, n'avait pas trouvé de meilleur moyen que d'y conduire les dames qu'il escortait. Le rusé capitaine savait que le château tenait pour le roi et pour les politiques,

nom qu'on donnait alors aux royalistes, et il avait compté sur l'hospitalité du comte de Brissac pour mener à bonne fin ses projets. Il n'avait pas eu grand'peine à faire adopter à la signora Fabiani son itinéraire, attendu qu'Angers se trouve à peu près en droite ligne sur la route de Bordeaux à Paris. Entré le matin dans le château que commandait Ancyre, notre Normand, accueilli avec honneur, avait pris patience toute la journée, attendant la nuit avec anxiété pour courir à la découverte. Il jouissait en grand seigneur des égards qu'on lui témoignait, et se carrait, avec importance, dans le rôle dont on l'avait affublé.

La nuit venue, le vieux sergent d'armes dont nous avons parlé au début de cette histoire se présenta devant notre Normand, le chapeau à la main, le front respectueusement penché, et lui dit :

— Excellence, voulez-vous prendre la peine de me suivre? Je suis chargé de vous conduire à vos appartements particuliers.

— Volontiers, mon garçon, volontiers; certes j'instrouirai Sa Majesté lou roi de la grâce toute courtoise avec laquelle on fait aux étrangers les honneurs de ce château... Marchez devant, ze vous souis.

Le sergent, sans ajouter un mot, avait pris la

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