‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 156 sur 185 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

s'y prenant à deux mains, il rassembla toutes ses l'orces, donna un coup de reins digne d'un Titan, et fit éclater un morceau du carreau de marbre qui lui résistait. Au bruit que fit la dalle en se cassant répondit un autre bruit sonore et clair comme celui qu'auraient pu faire deux bouteilles de verre s'entre-cboquant. Le prisonnier glissa l'une de ses mains par la brècbe et la trouva obstruée par un corps mobile qu'il crut reconnaître pour un panier. Cette trouvaille donna beaucoup à réfléchir au capitaine, mais comme c'était un boinmc qui pensait et agissait en même temps, il fit si bien de ses cinq doigts qu'il parvint à ouvrir ce panier. Tout d'abord il y trouva une bouteille dont il cassa le goulot précipitamment. Cette bouteille contenait du vieux vin d'Arbois dont notre aventurier fit immédiatement justice. Aussitôt après cette première réfection qui dissipa les pbis mélancoliques pensées de l'aventurier, il fureta avec une adresse ingénieuse dans les flancs de ce panier providentiel et mit la main sur des provisions de toute espèce.

— Ah! sainte Vierge ! s'écria tout haut la Gazette, il faut que je sois, sans m'en douter, un bien parfait honnête homme pour que le ciel ait ainsi l'œil sur moi !

Sur ce, comme le trou du plafond n'était pas

assez large pour donner entrée aux comestibles, la Gazette se mit à l'œuvre avec un courage que stimulaient puissamment certains parfums de lard et d'autres friandises.

Après une heure de travail, le trou, qui n'était pas encore assez large pour laisser passer le panier tout entier, permit néanmoins au prisonnier de faire glisser pièce par pièce tout le contenu, qui se composait d'un jambon monstrueux, d'un fromage, de quelques saucissons, de pain et de biscuits, de vin, de gousses d'ail, et, bonheur inespéré, d'un briquet, de pierres à feu et de quelques bougies.

La Gazette replaça le panier de manière à boucher hermétiquement l'ouverture du plafond, puis il se réfugia dans un coin du caveau, battit du briquet, alluma une bougie, et mordità belles dents et but h belles gorgées, non sans louer, avec exagération, la bonne Providence.

— A qui ai-je affaire? se demanda sérieusement le Normand lorsqu'il eut imposé silence aux plus féroces exigences de son estomac affamé ? Autant qu'on {)eut juger un homme sur les préférences de son appétit, toutes ces bonnes choses me viennent d'un Gascon. Il n'y a que les Gascons pour mettre ainsi l'ail à toutes les sauces... Hum! j'ai la gorge empestée! Ah çà! mais que peuvent faire les Gascons par ici? et que veut

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