CHAPITRE VIII
(lire cet approvisionnement dont j'ai si bien profité?
La Gazette fit une pause sur cette excellente |)enscc ; son esprit s'aventura à travers une foule (le suj)positions qui ne le menèrent à aucun éclaircissement. Néanmoins, il arrêta un nouveau plan de conduite et résolut d'attendre encore vingt-quatre heures dans son souterrain, en faisant le guet, afin d'avoir le mot d'une intrigue à laquelle il s'intéressait malgré lui. D'ailleurs, notre Normand était fort curieux par système ; il disait et pensait que tout homme de sens doit se servir de ses yeux et de ses oreilles Men plus que de sa langue, de ses mains et de ses jambes ; et, partant de ce texte de la sainte Écriture : Dieu voit tout et entend tout, il professait cette maxime : que la perfectibilité humaine consiste dans une oreille délicate et une vue perçante.
Si résolu que fût le capitaine à faire bonne sentinelle, le copieux repas qu'il avait pris après un jeûne de deux jours rendit sa digestion pénible; il ferma les yeux après une résistance héro'ique, s'endormit, et ne fit qu'un somme durant quatre heures.
A son réveil, le prisonnier qui, par précaution, avait soufflé sur sa bougie, crut entendre un bruit de pas au-dessus de sa tète. Alors il grimpa
iZO LE CHEVALIER DE PAMPELONNE.
contre le mur pour se rapprocher du trou du plafond afin de ne rien perdre de ce qui se faisait. Pour plus de sûreté, la Gazette passa la main dans le trou pour s'assurer qu'il était toujours bien masqué par le panier; or, il arriva que ce mouvement fut fait pendant que Pampelonne, de son côté, soulevait non sans lerreur son panier de provisions, de sorte que le bras tout entier du capitaine traversa le plafond, et que sa main rencontrant celle du chevalier, la serra et la secoua affectueusement.
— Sarpejou î qu'est ceci? s'était écrié Pampelonne les cheveux hérissés.
— Moussiou, ze vous souhaite le bonzour, avait répondu le Normand d'une voix de fausset imitant à merveille l'accent italien.
— Et où diantre êtes-vous? demanda Pampelonne qui, pris à l'improviste par cette singulière rencontre, ne savait pas trop bien s'il ne rêvait pas tout éveillé.
— Mon camarade, ze souis dans oun endroit où il ne fait pas bon dou tout.
— Vous êtes donc au-dessous de moi? dit le chevalier, guidé par la position verticale du bras qu'il tenait toujours entre ses mains.
— Hélas oui ! oun poco au-dessous, mon ser ami, et bien mal à moun aise, foi de zentilhomme...