CHAPITRE II
excellent oncle? Et je m'étonne, vraiiuenl, (juc cette idée ne lui soit pas venue, car on lui ])rèle une tête des plus fertiles.
A ce compliment, qui, grâce à la légèreté de madame du Fresne , pouvait passer pour un sanglant sarcasme, le capitaine ferma les poings et redevint rouge comme un reître aviné.
Ancyre et du Halot clignèrent les yeux à la sourdine.
— Pardieu, continua l'abbé, si l'histoire des couteaux de mon oncle vous a divertis, priez le seigneur du Fresne de vous conter celle de ses fourchettes.
Le capitaine leva le nez, en homme à qui l'on parle hébreu; du Halot se dandina sur sa chaise avec un certain malaise, et le Grec s'écria :
— Mais vous avez donc une histoire pour chaque pièce de vaisselle?... Allons, du Fresne, dites-nous celle-là ?
— Du diable si je m'en souviens ! répondit le capitaine, qui remarqua l'embarras de du Halot, et imagina que le neveu s'en allait jeter quelque pierre dans le jardin de Toncle, comme il venait d'en jeter dans le sien avec Thistoire des couteaux. 31. l'abbé est en verve, la parole lui appartient de droit.
— Mon oncle désire peut-être vous régaler de cette nouvelle friandise, dit humblement le Gas-
con, c'est de lui que je tiens l'aventure que, par modestie, veut nous taire le seigneur du Fresne.
— Eh bien, du Halot, exécutez-vous de bonne grâce.
— Dépéche-toi, puisqu'on t'écoutc, murmura du Halot, de plus en plus gêné.
— Soit, fit le Gascon. M. le gouverneur, lorsque vous défendez un château fort, comment vous y prenez-vous, s'il vous plaît?
Du Fresne et du Halot frémirent jusqu'à la moelle des os.
— En tête d'un créneau, ou à la brèche, l'épée au poing, répondit le Grec d'un air fanfaron.
— Eh bien ! le capitaine du Fresne n'est pas de votre avis, car il a défendu le château de Beauvoir, près delà Rochelle, la fourchette à la main.
— Le gaillard ! s'écria encore l'Albanais en regardant son vis-à-vis, qui, cette fois, riait à gorge déployée.
— Demandez à mon oncle, continua l'abbé, si je me trompe d'une panse d'à ?
Du Halot mordit sa moustache et s'efforça de ricaner, en hochant la tête, pour faire taire le bavard.
— Continuez, mon père, dit Ancyrc.
— Oui,conlimiez, M. l'abbé, répéta du Fresne, qui se vengeait sur le dessert du temps que lui avait fait perdre la première histoire.