LES FOURCHETTES DU CAPITAINE DU FRESNE
— Le château de Beauvoir, reprit le Gascon en se caressant les mains à la façon des beaux parleurs, le château de Beauvoir tenait garnison catholique sous le commandement du seigneur du Fresnc, lorsqu'il fut attaqué par une troupe de huguenots dont le chef avait le diable au corps; il s'appelait... attendez donc... quelle fâcheuse mémoire! rien n'y peut rester; capitaine, venez à mon aide, je vous prie.
— Bah ! c'est si vieux !
— Mais non, c'est de 1375 que je vous parle... allons ! je vois que vous voulez être modeste à
votre tour... Mon oncle, vous souvient-il du nom de ce brave gentilhomme?
— Ma foi ! non, répondit du Halot d'un ton bourru et en lançant un regard courroucé au Gascon, regard que saisit du Fresne avec délices.
— Ne vous arrêtez pas pour si peu, dit l 'Albanais, arrivons aux fourchettes.
— Vous avez raison, l'histoire marchera sans cela, comme a marché celle des couteaux de mon oncle, sans le nom du troisième calviniste.
« Ce gentilhomme avait été détaché de l'armée de l'amiral pour enlever le château de Beauvoir, et on lui avait donné cinquante lances, deux cents carabins et six-vingts arquebusiers avec deux canons.
« Dès le quatrième jour du siège, le brave du Fresne comprit que la place allait être emportée ; et, comme il ne voulait pas la rendre, il résolut de la garder par un coup d'éclat.
— Voyons cela ! dit Ancyre, piqué de curiosité.
— Le capitaine catholique, s'apercevant que cinq ou six pans de ses murailles branlaient sous les boulets, envoya deux trompettes au camp des calvinistes pour offrir sa soumission à des termes honorables, c'est-à-dire qu'il proposa de déloger, avec armes et bagages, s'il n'était secouru, dans deux fois quarante-huit heures, par le comte