CHAPITRE VIII. i3îi
— Comment ! à soc? commont! petit?
— Eli oui ! ze n'en ai eu que pour quntre repas... encore les deux derniers ont-il été bien tristes !
— Corbeuf ! vous avez mangé un jambon de cinq livres, quatre gros cervelas, deux paquets de gousses d'ail, une demi-douzaine de gros biscuits, du pain en quantité, et bu quatre pots de vin en quatre jours!... Vous avez l'aj^pélit rude, M. le marquis.
— Hé! mon ser, z'aurais voulu vous y voir... z'en étais à mon troisième zour de diète... Vous comprenez!... D'ailleurs le compte est facile à faire, z'ai manzé presque tout le zambon, que z'ai trouvé délicieux, à mon premier repas... z'avais la dent un peu crouelle, ze l'avoue. Au second z'ai vécu médiocrement de cervelas et de pain blanc.
— Ficbtre ! et qu'avez-vous raangé le troisième? bon Dieu !
— Le troisième, z'ai fait pénitence et long zeûne, mais le quatrième, ze n'y ai pas tenou, ser moussiou.
— Et alors?
— Z'ai croqué les candelles. mon pauvre ami.
— Les cliandelles! s'écria Pampelonne avec un fou rire.
— A la guerre comme à la guerre, carissimo !
156 LE CHEVALIER nE PAMPELONNE.
au siéze de Piombino, nous avons manzé pire que cela; mais c'est égal, z'avais beau fourrer de l'ail à chaque bouchée, z'ai fait un chien de festin.
— Je le crois, sandis ! je le crois ! et cependant tout y a passé ?
— Tout, mon brave, absolument tout. Avezvous quelque chose de moins mauvais à me donner?... Z'ai, par exemple, oune soif terrible.
— Dieu me pardonne , nous ne sommes pas blancs; il nous faut nous hâter de sortir d'ici, car, à moins de nous manger réciproquement, je ne sais pas de quoi nous vivrions.
— Ze me mets à vos ordres, mon bon ami. Travaillons à élarzir ce trou que z'ai dézà eu bien de la peine à faire .
— Avez-vous, au moins, le briquet que j'avais mis dans le panier ?
— Ze ne l'ai pas vu... Ze l'aurai égaré...
— Tant pis! N'importe, commençons... avec la pince que j'ai là, vous serez bientôt dehors.
— Qu'est-ce qui vous avait donc inspiré la bonne idée de porter ici cet excellent petit panier, mon ser moussiou?
— C'était, pardieu ! pour vous l'offrir, dit imperturbablement Pampelonne en ébranlant la dalle que le Normand avait à moitié brisée.
Cette réponse parut étrange au Normand,