CHAPITRE VIII
qui, tout à coup frnppé d'un souvenir à certaine inflexion de l'accent du chevalier, cligna de l'œil et sourit en lui-même avec une joie subite. Il prit quelques minutes pour combiner ses questions et ses réponses, employa ce temps à aider le Gascon dans son travail de démolition, et rompit enfin le silence.
— Ze souis bien fâché de ne vous avoir pas connu pendant votre séjour à Venise , mon ser camarade; ze vous aurais coultivé avec soin. A quelle époque étiez-vous dans notre pays?
— Il y a quatre mois environ.
— Peste ! il n'était bruit dans ce temps-là que du pauvre comte Ruggieri et d'un petit quouidam de Gascogne qui fit oun bien vilain coup.
— Et que fit-il, s'il vous plaît?
— Ce godeloureau était passionné pour la belle comtesse qui, en revanche, l'avait en aversion.
— Ah bah 1
— Que voulez-vous? On ne peut aimer tout lou monde à la fois. La comtesse aimait son mari et faisait grand cas d'oun brave raflSné qui remplissait alors l'Italie dou brouit de ses exploits ; si z'ai bonne mémoire, ce zentilhomme se nommait le capitaine la Gazette, c'était oun véritable Bayard, oun César, oun Alessandre...
— Un mauvais drôle.
— Plaît-il, mon bon ami?
— Rien... continuez, M. le marquis.
- Ce la Gazette donc avait, disait -on, les bonnes grâces de la dame, et comme oune nouit, il descendait de son balcon , il se trouva nez à nez avec ce petit traître de Gascon qui lui logea un grand coup de dague dans le dos, dont il mourut. Ze vous le demande, n'est-ce pas dommaze que l'assassin se soit évadé? Toute la ville l'eût vu pendre avec oune belle zoubilation.
— Il est fâcheux que rien ne soit vrai dans tout ce que vous venez de dire ! répliqua chaudement Pampelonne. Le gentilhomme gascon que vous outragez...
— Santa Madré! ce n'est pas moi qui l'outraze, c'est la voix publique.
— Votre voix publique est une sotte bête, et quand je devrais retourner à Venise exprès pour la faire taire, corbeuf, j'y retournerai !
— Ah ! que je suis fâché de vous avoir parlé de cette bagatelle... Le Gascon est peut-être de vos amis?
— Je le crois pardieu bien!... C'est moi qui suis le chevalier de Pampelonne.
— Ah! bon Dieu! chevalier, que ze souis aise de cette rencontre! Ze vous confesse qu'au fond de l'âme z'avais pour vous oune estime secrète.
Le visage du Normand avait pris une exprès-