‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 167 sur 185 · CHAPITRE IX. Mi · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. Mi

sont d'excelleiils laissez-passcr, je vais les prendre, pur prudence; on ne sait pas ce qui peut arri>cr... permettez donc que je vous déshabille.

Jacques Clément se laissa faire sans dire un mot; son regard étincelant trahissait, seul, la sourde colère qui grondait dans son cœur.

— Ce costume qui me va fort mal, dit Pampelonne en se couvrant de la robe du moine enlevée avec assez de peine, m'a déjà très-bien servi ; ce qui prouve que le ciel est pour quelque chose dans le succès de mes entreprises... Faisons maintenant l'inventaire de ce coffret... Je suis bon prince et veux vous récompenser magnifiquement, à une condition, toutefois; vous allez, s'il vous plait, me donner les mots de passe des portes d'Angers. Vous les savez sans doute?

— Non.

— Bah! cherchez bien ; vous autres moines, votre métier est de tout savoir... Allons! un peu de bonne volonté; c'est dans votre intérêt. Comment voulez-vous que je vous envoie délivrer, si je ne rentre pas dans cette bonne ville où j'ai encore quelques amis?

— Joyeuse, pour entrer, dit le jacobin.

— Merci !... et pour sortir, s'il vous plaît?

— Guise.

— Parfait ! cela sent la Ligue d'une lieue, mais

Ib2 LE CHEVALIER DE PAÎll'ELONNK.

peu importe... Voyons le coffre... Hé! hé! il me semble que celte serrure... 3Ialédiction! je suis déshonoré !

Pampelonne, qui venait de soulever le couvercle du coffre et y avait plongé la main, le repoussa violemment et frappa du pied avec fureur.

Le moine se souleva avec effort, et jeta sur les cailloux qui roulaient de la cassette un regard effaré, dans lequel, cependant, brillait une joie farouche. Un sourire satanique flotta sur ses lèvres ; la mystification de son ennemi le consolait presque de la ruine de ses espérances , et , ne pouvant se contenir, il s'écria d'une voix sentencieuse :

— Dieu venge le faible et l'opprimé !

Pampelonne regarda le moine d'un air hébété , sans lui répondre , puis il se promena à grands pas, dans une agitation fiévreuse. Ce courage audacieux, cet esprit aventureux, cette imagination ardente et ingénieuse, étaient aux abois et confondus. Les plus beaux rêves de rintré])ide partisan s'étaient tous évanouis d'un même vol. Son cœur, en proie à la honte, au désespoir, était tourmenté, déchiré ! Enfin, la parole se faisant jour dans sa bouche crispée, il s'écria :

— Je n'ai plus qu'à m'aller faire tuer !

Et , comme saisi tout à coup du vertige , le

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Gascon prit son rlan, s'accrocha aux tlallcs extérieures du plafond, s'enleva sur les poignets, et sortit du caveau, sans écouter et même sans entendre Jacques Clément qui lui criait :

— lîé! hé! chevalier, pour Dieu! ne nie laissez pas ainsi, que vais-je devenir? Je ne suis plus à craindre, délivrcz-inoi î

Pampelonue courut à la galerie, puis à renihrasure de Tescalier... Peu de temps après, il frappait à l'une des portes d'Angers, glissait à l'oreille du sergent de garde le mot de passe, et se dirigeait, en toute hâte, vers la maison de madame du Fresne , où nous le précéderons de quelques instants, pour assister à la toilette de nuit de la belle veuve.

3Iadame du Fresne est dans cette même chambre à coucher où nous l'avons déjà vue* ses longs cheveux ont un reflet d'or à la clarté des flambeaux ; ils sont dénoués et tombent en tresses ondulées sur ses épaules dont une robe de deuil fait ressortir la mate blancheur. Le visage enchanteur de cette femme riche, élégante et jeune porte l'empreinte d'un profond chagrin. Par un raflinement de mélancolie familier à tous les cœurs qui trouvent une certaine volupté à se nourrir de leurs propres douleurs, madame du Fresne a tendu son appartement de crêpes funèbres, et son front penche , sa pose affaissée , son

regard langoureux , la font prendre pour une magnifique statue de la Désolation.

Et cependant on retrouve dans le désordre de la toilette de ia belle affligée cet art qu'ont les coquettes de ne rien perdre en toute circonstance du pouvoir de leurs charmes. Qu'elles aient le cœur en fête, ou les yeux en pleurs, ces femmes ont le fatal privilège de mettre à profit leur joie ou leur douleur, et de s'en faire des armes pour séduire. Madame du Fresne a le front pâle, mais cette pâleur lui sied à merveille et s'harmonise avec ce long regard humide qu'elle promène autour d'elle. Ses pieds blancs sont négligemment chaussés de mules en velours noir ; sa robe , à moitié échappée de ses agrafes, est prêle à tomber; ses bras potelés sont nus et ses mains sont jointes comme pour une prière qu'elle ne dit pas. Sa pensée voyage et se perd, tantôt dans de sombres rêveries , tantôt dans de douces extases qui font battre son cœur et gonfler ses seins.

A côté de madame du Fresne, nous retrouvons Louise, la jolie soubrette, dont les traits et le maintien annoncent une préoccupation peut-être plus sérieuse : elle est accoudée contre la tablette de la cheminée; sa bouche semble pleine du fiel dont son cœur déborde. Elle est immobile, silencieuse, et prête une oreille attentive à tous les bruits du dehors.

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