CHAPITRE IX
La Icuclic (|ui donne sur le jardin est ouverte, une brise fraîche et embaumée fait voltiger les rideaux et trembler la flamme des bougies.
— 11 ne \iendra j)as! murmura madame du Fresne. La nuit est maintenant trop avancée. Oh! Seigneur Dieu ! ils l'auront tué !
— Ne dites pas cela, madame! s'écria Louise, (jue ce dernier mot avait fait tressaillir; vous j)Ourriez lui porter malheur !
— Hélas! comment espérer! S'il vivait, s'il n'était que blessé, ne serait-il pas ici déjà ? Cette maison n'est-elle pas son unique asile, et ne suisje pas son seul amour? On t'aura trompée, ma pauvre Louise , on nous aura caché sa mort !
— Je vous assure , madame , que j'ai questionné les soldats qui ont défendu le château et ont eu la vie sauve par capitulation : tous m'ont assuré que M. le chevalier était vivant (luand les troupes du roi sont entrées dans la place. Si 31. de Pampelonne était prisonnier, nous le saurions, ce n'est pas un si petit personnage qu'on ne fasse bruit de sa captivité.
— Mais alors qu'est-il devenu, depuis plus de vinî::t-quatre heures que je l'attends? 11 est trop habile pour s'être exposé à battre le pays qu'il sait coupé de tous côtés par les troupes royales; en venant ici, il savait trouver un refuge assuré. Il m'aime trop, mon noble ami, pour s'être dé-
cidé à fuir sans nie donner un dernier î«dieu. Oh! s'il avait la lâcheté de partir sans me voir, s'il avait oublié tout ce qu'il me doit pour tout ce que je lui ai donné, s'il avait méprisé à ce point la femme qui lui a tout sacrifié, malheur à lui ! ajouta madame du Fresne avec un éclair dans les yeux, car mon âme, prête à se damner pour lui, souhaiterait sa mort à l'instant même.
— Ah ! murmura sourdement la jeune fille, je te reconnais bien là.
— Tu me diras qu'en venant ici, en rentrant dans la ville, il expose sa tête; mais n'ai-je pas exposé la mienne, moi, en favorisant ses projets et sa tentative sur la citadelle? N'est-ce pas moi qui, pour seconder son ambition, ai fait réussir son coup de main audacieux? N'ai-je pas été criminelle en sacrifiant à sa gloire et mon mari , qui est mort misérablement, et Ancyre , que j'avais tant aimé? Je n'ai reculé devant aucun danger pour plaire à ce vaillant dont mon pauvre cœur est follement épris , et il aurait eu peur de venir baiser ma main par amour et par reconnaissance!... Fi donc! les hommes ne sont pas si lâches... Ou le chevalier de Pampelonne m'aime, et alors il viendra -, ou il ne viendra pas, et alors il ne m'aime plus !
Un bruit de pas précipités retentit dans Tescalier, la porte de la chambre violemment poiis-
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sec ct'd.'i, et Paiiipcloiinc, entra brusrjiiciïiciit en (lisant :
— Un cheval... Lonisc, madame, vite, vite, un cheval !
— Ah!... tu m'aimes! s'écria madame du Fresnc en ne faisant qu'un hond de la place qu'elle occu[»ait au cou du chevalier qu'elle enveloppa de ses deux bras.
— Ciel ! dit Louise en tremblant, seriez-vous poursuivi, M. le chevalier?
— Oui... non... N'importe, un cheval... le vôtre, madame; je le connais, il est rapide... il me le faut!
Disantcela, le Gascon détachait le collier charmant que lui avait fait sn maîtresse, et se dérobait à ses embrassements.
Madame du Fresne, saisie d'épouvante, recula de quelques pas, et attacha sur Pampelonne un regard pénétrant pour s'expliquer sa froideur en même temps que son agitation.
— Puisque madame ne bouge pas et semble ne pas m'entendre, Louisette, c'est à toi que je m'adresserai: fais-moi seller en toutehâte,sansrae questionner davantage, le cheval de ta maîtresse.
— Oui, monseigneur.
— Ne bougez pas, Louise ! s'écria la jeune femme, je vous le défends...
— Et moi je vous l'ordonne, interrompit le
chevalier qui, d'un geste impérieux, montra la porte à la soubrette.
Louise sortit en courant ; madame du Fresne, atterrée par ce ton d'autorité et ce langage, s'appuya au dossier d'un fauteuil pour ne pas chanceler. Elle balbutia quelques mots d'abord sans suite, et dit enfin :
— Je pense que vous me ferez l'honneur de m' expliquer votre conduite, monsieur.
— J'ai risqué de me faire écarteler pour vous apporter cette satisfaction. Ecoutez-moi donc bien, je ne serai pas long; surtout ne m'interrompez pas ; réservez vos reproches, vos larmes, vos fureurs, pour de meilleures occasions.
— Vos ordres s'exécutent, monseigneur, dit Louise qui revenait en courant, et dans quelques minutes vous pourrez vous mettre en selle.
— Sortez ! interrompit sévèrement madame du Fresne.
— Restez, Louisette, repartit le chevalier. Je ne suis pas fâché, madame, ajouta-t-il après une courte pause, que cette belle jeune fille sache que je ne vous ai jamais aimée... Non, jamais, entendez-vous bien ?
iMadame du Fresne tressaillit, ses genoux tremblèrent, ses lèvres frémirent avec colère; son regard glissa comme un fer rouge dans le cœur de Louise, dont cependant le visage rayonna