‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 169 sur 185 · CHAPITRE IX. 1J · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. 1J

tout A couj). Elle releva fièrement la tète, et fit un geste de dci;oùt et de dédain.

— J'étais l'ennemi mortel de votre mari, et je l'ai tué. Je ne me suis fnit votre adorateur que pour me venger sûrement et de du Fresne et de du Halot, tous deux assassins et bourreaux de ma famille, et mon succès a été comjilet. J'avais besoin d'un complice pour exécuter de vastes projets, et votre réputation de galanterie m'a seule fait jeter les yeux sur vous. En mourant, le capitaine du Fresne a appris de ma propre bouche les secrets du stratagème dont il a été victime. Il a su que pour lui et pour les siens j'étais inexorable, et que dans mon audacieuse entreprise vous m'avez tendu la main. Je ne lui ai rien caché, ni la fausse passion que j'ai si bien jouée à vos genoux, ni l'oubli que je réserve à votre tendresse. J'ai employé une ruse de guerre, madame, et je viens vous rendre votre liberté. C'est le seul châtiment que je veuille vous infliger. Je sais que vous êtes étrangère aux crimes de du Fresne, mais vous portez son nom, et cela me suffit pour vous détester à tout jamais. Votre mari m'a fait une menace redoutable ; il m'a dit que vous vous chargeriez de le venger ; qu'après ma déclaration de guerre vous me poursuivriez de votre colère... J'ai souri à cette menace, et j'ai voulu allumer moi-même les flammes de ce

superbe courroux. Le commandant du Halot a également lâché contre moi un moine, un jacobin, et quoique j'aie déjà pu écraser cette vipère sous mes pieds, je me suis plu à la laisser vivre, pour que, vous donnant la main, vous pussiez mieux concourir à ma perte ; je vous défie donc tous les deux et vous attends. Demain, vous vous rendrez au château, vous ferez enfoncer une porte de fer que vous trouverez dans la cour des Citernes : cette porte conduit à un souterrain dans lequel vous rencontrerez ce digne associé, que vous recommandent la mémoire de du Halot et celle de du Fresne. Entendez-vous avec lui. J'aime trop le danger, les émotions de toute nature, pour ne pas vous faciliter les moyens de me poursuivre. J'aurais eu pitié de vous, madame, si vous étiez digne de l'amour que vous pensiez m'avoir inspiré ; niais mon cœur est jeune, le vôtre est blasé, et nous n'étions pas faits l'un pour l'autre ; la vie que vous menez est une vie de désordres, la mienne est celle d'un soldat enthousiaste du prince qu'il sert et de la gloire qu'il recherche. Adieu ! votre cheval va me rendre, malgré vous, un signalé service, sa vitesse me mettra dans quelques heures à l'abri des poursuites, et m'éloignera pour toujours, je le pense, de ces yeux de sirène que je ne veux plus voir.

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