CHAPITRE IX
Pampelonne tourna vivement sur les talons, et se diriijea vers Tescalier; madame du Fresnc jeta un manteau sur ses épaules, et se prépara à suivre le chevalier.
— Où allez-vous, madame? demanda Louise avec douceur.
— Suis-moi... je peux arriver avant lui au premier corps de ijarde, le signaler, le faire arrêter... et lui faire payer cher son audace insolente... viens!
— Vous ne passerez pas! dit la soubrette en bondissant vers la porte et la défendant ; vous ne passerez pas !
— Malheureuse 1 résiste, et je te tue ! s'écria la jeune femme avec impétuosité, tout en s'armant d'un poignard qu'elle détacha de son alcove.
— Je vous l'ai dit, vous ne sortirez pas de cette chambre.
Madame du Fresne s'arrêta pour écouter le galop du cheval de Pampelonne ; puis, s'élançant sur Louise, la main haute :
— Pourquoi donc le défends-tu, misérable ?
— Je l'aime ! répondit la jeune fille avec une énergie qu'éteignit son soupir, car la dernière syllabe de ce mot était encore sur ses lèvres, qu'elle tombait baignée dans son sang.
LE SECRBT DE PAMPELONNE.
Pampclonne était sorti d'Angers sain et sauf, et il avait profité des dernières Iieurcs de nuit qui lui restaient pour s'éloigner à fond de train de cette ville, environnée de soldats catholiques; le pays entier était en armes , et de tous côtés brillaient des feux de bivac. Pampelonne avait appelé à son aide toute son énergie, sa vigueur, sa finesse pour échapper aux maraudeurs, aux avant-postes, aux patrouilles, au milieu desquels il était venu tomber. Chaque fois que le terrain avait été libre devant lui, il avait lancé son cheval à toute bride dans la direction de Saumur
ÏGi LE CHEVALIER DE PAMPELONNE.
OÙ il espérait rencontrer l'armée du prince de Condé.
En moins de trois heures, le Gascon avait franchi les treize lieues qui séparent Angers de Saumur; son cheval était harassé par cette course forcée, et il était lui-même exténué de fatigue et de besoin. La campagne, aux environs de Saumur , était dépeuplée; mais on rencontrait à chaque pas les traces toutes fraîches d'un corps de troupe.
Pampelonnc ne savait que penser de ce morne silence qui régnait autour de lui ; il avait appris, chemin faisant, que l'armée du prince était sur la rive gauche de la Loire, et cette armée fuyait devant lui, sans qu'il pût atteindre l'un de ses postes. Cependant, le jour commençait à poindre, l'estomac du voyageur criait famine, son cheval marchait tête baissée, il fallait prendre un parti. Sans hésiter plus longtemps, le Gascon avisa une baraque dont les fenêtres et la porte étaient fermées, et jetant la bride au cou de sa monture qui s'attaqua aux feuilles d'un buisson , il vint à pas de loup coller l'oreille aux contrevents d'une salle basse, espérant, par cette manœuvre, se mettre au courant et prendre langue.
Tout d'abord le chevalier entendit les cris étoufï'és d'une poule à laquelle on tordait probablement le cou.