‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 172 sur 185 · CHAPITRE X. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. i

— Sur mon àine, je ii'invL'iitc rien ; le prince s'est lait envelopper par Joyeuse, par Moyenne et par lirissac, si bien (]ue. ne pouvant avancer ni reculer, il a fondu sa petite armée en bandes de deux, de quatre, de six hommes qui battent les champs de tous côtes se raUiant sur la Koehellc...

— Ce n'est que trop vrai, intcrr()mi)il Je vieux sergent, nous avons l'ait là une belle eam])agne, ma foi ! Pour mon compte, je suis heureux de n'être pas marie, le cotillon de ma femme me ferait honte.

— Le prince et le duc de laTrimouille se sont déguisés en mariniers, et descendent la Loire ; llosny s'est fait maquignon, et promène ses propres chevaux de foire en foire, jusqu'à i^érac. Laprairie et moi avons détroussé deux cordeliers, espérant passer partout, à l'aide de leurs frocs. Quant à dire où nous allons, ni lui ni moi n'en savons rien.

— Et votre archiduchesse, qu'en avez-vous fait? Gourdon jeta au chevalier un regard mélancolique et désespéré.

— Ma foi î mon cher vicomte, je ne comprends rien aux œillades et aux soupirs des amoureux; parlez moi français, italien ou patois, si vous voulez m'honorcr d'une confidence petite ou grande.

168 LE CHEVAtlER DE PAMPELONNE.

— Nous nous sommes sépares...

— Pardieu ! je le vois bien... Après?

— Séparés pour toujours.

— Bah ! c'est bien long, toujours.

— Nous n'avions pas fait une lieue sur la route de Paris, que la belle Vénitienne mettant tendrement sa main dans la mienne, me dit avec un son de voix que je n'oublierai jamais :

« — M. le vicomte, il y aurait lâcheté de ma part à vous garder plus longtemps près de moi; le pays que nous parcourons est au pouvoir de vos ennemis, et vos ennemis sont mes amis; je n'ai rien à redouter des troupes royales, et vous avez tout à craindre d'elles. Votre service, votre honneur, votre religion, vous appellent de l'autre côté de la Loire ; il faut m'obéir, il faut m'abandbnner.

<t — Moi vous abandonner! vous laisser à pied, la nuit, sans autre compagnie que cette jeune fille, sans guide, sans défenseur... jamais, madame, jamais.

« — Il le faut !... Je vais frapper à cette maison que nous voyons là-bas ; accompagnez-nous jusque-là; si j'y suis bien accueillie, je vous ferai mes adieux... Soyez sans crainte, mon nom est une sauvegarde certaine, nul sujet du roi de France n'oserait me manquer de respect sans s'exposer à un châtiment terrible.

Page 1