‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 173 sur 185 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

« — Mais qui êtes-vous donc, niiidanic?

« — La signora Fabia Fabiani.

" — 3Iais alors ce nom protège un incognito.

« — Ce nom est le mien , je vous en donne ma parole... Allons! soumettez-vous, je vous en prie.

« — Vous m'en priez... Hélas! c'est donc un ordre que je reçois.

a — Oui... Et votre obéissance sera tôt ou tard récompensée... J'en ai l'espoir.

«t — Oh ! madame, la récompense que j'envie, vous pouvez me la donner sur-le-cliamp.

« — Demandez-la.

«c — Votre main à baiser.

« — La voilà.

« Nous arrivâmes à la maison dont la signora Fabiani avait parlé; elle frappa, on ouvrit. J'attendis à la porte ; et, après un moment, je vis revenir ce charmant lutin, cette petite Venezia, qui a le bonheur d'être l'ombre de sa marraine, et elle me dit :

«c — On nous reçoit avec honneur et empressement, votre tâche est remplie, beau cavalier. La signora Fabiani m'a charge de vous remercier de toute son âme.

« — Eh quoi ! ne la reverrai-je plus?

« — Nous sommes jeunes tous les trois, Tavenirnous appartient... espérez.

« — Mais où, mais comment vous retrouver?

« — C'est à vous qu'il faut demander cela.

'i — Si j'échappe aux périls qui m'environnent, si le chagrin ne me tue pas, ma place est aux côtés du roi de Navarre... mon nom...

« — On le sait par cœur, votre nom, interrompit Venezia avec un malin sourire.

«i — Il sera bien vite oublié!

« — Vous mentez, murmura la jeune fille.

« Et, tout aussitôt, elle referma brusquement la porte. Je me trouvai seul sur le chemin, dans les ténèbres d'une nuit sans étoiles, l'âme remplie d'une douleur en lutte avec ce rayon d'espérance que venait de me jeter avec son doux démenti la bouche peut-être railleuse d'une belle enfant.

— Corbcuf ! mon ami, votre histoire est trop embrouillée pour ma pauvre cervelle; je n'ai jamais su déchiffrer les grimoires, et il y a de la magie dans vos aventures. Croyez-moi, laissez courir cette marquise, et contentez-vous de lui souhaiter bon voyage. J'ai idée qu'il vous arrivera malheur de tout ceci...

— Qui t'a dit qu'elle est marquise?

— Quelqu'un qui doit le savoir, pardieu !

— Mais enfin ?

— M. le marquis son père , un gaillard qui

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mange comme iino autruche et ])nvar(]c eomuje une pie... Je la connais un peu celle belle signora.

— Explique-toi , de grâce , je suis sur des épines... Tu dis que son père... ?

— ^la foi ! vicomte, en parlant de cet ogre, mon estomac se révolte... Ile! Laprairie , voire coq est bien assez rôti comme cela; encore un tour de broche , et le malheureux n'aura plus que la peau et les os... Découpons-le, s'il vous plaît. Je vous disais donc , reprit Pampelonne après avoir mangé une aile et tout en attaquant une cuisse de la coriace volaille, je vous disais que j'ai connu la marquise Fabia Fabiani il y a quatre mois environ, lorsque j'étais à Venise négociant pour notre brave et pauvre Béarnais auprès du comte Ruggieri , président du sénat. Quand je dis avoir connu la marquise, je vais peut-être un peu trop loin ; je ne l'ai jamais vue, mais j'en ai entendu parler par une bouche aussi jolie qu'éloquente, et voici comment: vous savez, mon ami, que si les femmes me faisaient brûler vif, elles auraient cent fois raison, car je suis leur plus grand ennemi ; jusqu'à ce jour je n'en ai aimé aucune, et, Dieu me pardonne, j'en pourrais nommer une demi douzaine qui m'ont en en grande estime... par pudeur j'adoucis l'expression.

— Fat!...

— C'est possible ; dans ce nombre je citerai la comtesse Ruggieri, la femme de ce vieux président aussi laid, aussi aigre que sa compagne est douce et jolie. Pour mener à bonne fin les affaires du roi, j'ai entamé les négociations avec la comtesse, c'était moins ennuyeux, plus habile et plus prompt. C'est mon système , et je le crois bon, de prendre les maris par leur faible, c'està-dire par leurs femmes. Cela m'a réussi à Venise, en Savoie, en Suisse, et tout dernièrement à Angers, ce qui fait que je passe pour un sacripant dans les ménages et pour un aiglon en diplomatie. J'ai donc courtisé la comtesse Ruggieri avec assez de bonheur, puisqu'elle me fit obtenir de la république, par l'entremise de son mari, l'emprunt que le roi m'avait chargé de négocier. Tout en roucoulant près de ma belle, je me faisais raconter les joyeux scandales de la société vénitienne, et si j'ai bonne mémoire, la marquise Fabiani jouait un petit bout de rôle dans ces piquants récits.

— Et quel rôle? s'écria Gourdon.

— Ah ! si vous vous fâchez au premier mot, je ne dirai plus rien. Voilà bien les amoureux, ils vous poussent à bavarder , et s'emportent si on dit autre chose que ce qu'ils savent. Il paraît que la marquise est en proie à un violent chagrin ;

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