‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 175 sur 185 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

de Turenne, dans rAnnagnac, et avec le troisième, composé presque en entier de cavalerie, il tenait la campagne sur la rive droite de la Garonne. Sans argent, sans autre ressource que le dévouement de ses soldats, endetté vis-à-vis de tous ses lieutenants, le Béarnais était arrêté dans Montauban, sans pouvoir pousser l'une de ces pointes audacieuses et savantes qui plus tard arrachèrent des mains de Guise son royal héritage. Instruit de la prise du château d'Angers, il avait relevé le courage abattu de ses compagnons, et dépéché un courrier à Mornay, son ambassadeur en Allemagne, pour hâter Tenrôlemcnt de dix mille reîtrcs avec lesquels il voulait offrir à Henri III d'exterminer la Ligue.

C'était par une marche hardie , par une éclatante prise d'armes et à la tête de vingt mille hommes que le roi de Navarre voulait aller désigner au roi de France les véritables ennemis de sa couronne. Mais les reîtres ne marchaient pas sans argent, et l'épargne du Béarnais était à sec. Les capitaines calvinistes se réjouissaient bien avec leur chef de la prise d'Angers; cette place leur ouvrait la route d'Orléans et de Paris, et leur donnait le commandement d'un pays riche et remuant , mais ils ne pouvaient comprendre pourquoi le roi en parlait sans cesse comme d'une mine d'or où leur parti devait s'enrichir.

La veille de l'arrivée de Gourdon, Pampeloniic et Laprairie, le baron de Rosny était entré à Montauban et avait le premier donné la triste nouvelle de la déroule du prince de Condé.

— Et le cbâteau d'Angers? avait demandé le roi.

— Sire, le cbâteau s'est rendu, m'a-t-on dit, après la résistance qu'on devait attendre de ceux qui étaient dedans.

— Et que sont devenus nos braves Gascons?

— Les uns disent qu'on les a pendus, d'autres qu'ils ont eu la vie sauve, d'autres qu'ils se sont tous fait tuer sur la brècbe.

Ces rapports contradictoires avaient eu pour résultat de faire passer au roi de Navarre une nuit blanche, et chacun avait attribué son anxiété, son agitation, à la perle de cette citadelle dont il comptait tirer si bon parti.

Lorsque le lendemain on vint annoncer au Béarnais que Gourdon et Pampelonne , déguisés en capucins , venaient d'arriver et sollicitaient une audience , il courut au-devant d'eux, prit Pampelonne par le cou, l'embrassa sur les deux joues, et l'entraîna vivement dans son cabinet.

— Je savais bien, chevalier, que tu ne serais pas assez sot pour te laisser prendre comme un manant, ou te faire tuer sans profit... Ventre Saint-Gris! où en sont nos affaires, conte-moi

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cela, et comnienee p.ir \r. j)lu.s intéressant... les diamants...

— Sire, répondit le Gascon d'nn airdéconfit, j'avais promis à Votre Majesté de lui apporter ma tète ou des millions... Voilà ma tète... Quant anx millions, je renonce à les trouver, car ils sont i)assés, par ma faute, du caveau de la citadelle d'Angers, dans la poche d'un Normand, d"où le diable ne saurait les faire sortir assurément.

Le roi frappa du pied et s'écria :

— Et mes reîtres, qui les payera? Répondez. Prendront-ils, même en à-compte, cette tète que vous m'offrez, monsieur?

— Sire, quant à cela, je n'en crois rien , si gros que puissent valoir les têtes d"âne en leur pays.

Cette repartie, faite avec une bonhomie réjouissante, chassa tout à coup la mauvaise humeur du Béarnais, qui tendit, en souriant, la main à Pampelonne :

— Tu prendras ta revanche, n'y pensons plus; on m'a déjà raconté une partie de tes aventures à Angers : dis-moi d'un bout à l'autre ce que tu as imaginé, entrepris et exécuté ; puisque tu reviens les mains vides, au moins amusemoi!

Pampelonne ne se le fit pas répéter, et mit tant

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de sel à son récit, que le roi riait aux larmes lorsqu'il l'acheva par ces mots :

— Vous voyez bien, sire, que le vicomte de Gourdon, votre brave cornette, a tout fait manquer avec sa passion pour cette donzelle vénitienne ; s'il m'avait mis en garde contre ce prétendu marquis Fabiani, sachant que j'avais affaire à un Normand, je me serais méfié de ses doigts crochus et du tour qu'il m'a joué : car , aussi vrai que je suis pur Gascon, c'est ce la Gazette qui vous a dévalisé. Où le trouver maintenant? et le trouverais-je , comment lui faire rendre gorge? J'aimerais mieux, tout huguenot que je suis, vous promettre de détrôner le pape et de chanter la messe à sa place, plutôt que de dénicher le magot de ce cuistre. Au moins ce serait faisable. Mantenant je vous demande en grâce de ne pas garder rancune à Gourdon ; le pauvre diable a la cervelle brouillée par ses amours, et s'il perdait votre faveur, il se ferait tuer h la première escarmouche : or, son épée vaut plus, à mon avis, que la maudite cassette dont l'histoire attristera mon âme à tout jamais !

Le roi de Navarre prit Pampelonne parla main, pt sortit de son cabinet. Gourdon attendait à la porte que son tour d'audience fût venu.

— Ah! vous voilà, Gourdon, dit le Béarnais à demi-voix et en souriant, vous avez,pardieu! bien

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