CHAPITRE XI
chcssc de Monlpensicr qui avait juré de venger la mort de ses deux frères assassines à Blois, par l'ambition du duc de 3Iayennc qui aspirait au trône, le peuple de Paris se livrait aux plus extravagants désordres. L'Église tonnait contre le meurtrier des princes très-catholiques, et les plus impétueux ligueurs, les plus fougueux prédicateurs, les plus implacables ennemis du Valois appartenaient aux Jacobins, aux congrégations, aux curés de Saint-Gcrvais, Saint-Germain, Saint-Benoît, aux plus riches abbayes.
La duchesse de Montpensier, femme ardente, audacieuse, intrigante et haineuse, portait toujours suspendus à sa ceinture les ciseaux avec lesquels elle voulait tonsurer Henri III ; elle se multipliait pour réchauffer l'àrae de ses partisans, et elle montra, jusqu'au bout du rôle qu'elle avait embrassé avec tant d"aideur, une énergie, une opiniâtreté qui ont rendu son nom fameux.
Des historiens graves, bien renseignés, se rencontrent pour affirmer que toute cette haine ne provenait pas seulement du sanglant outrage fait par Henri III à la maison de Lorraine, mais encore de son dédain pour les charmes provocateurs de la duchesse, et des railleries qui lui étaient échappées sur Tinégalité de ses deux jambes.
Guincestre, curé de Saint-Gervais, s'écriait en chaire, en parlant du roi :
— Oui, je le jure, tuer cet apostat, c'est mériter le ciel ; si bien que s'il se présentait à la table de la sainte communion, dans cette église, je le poignarderais entre l'autel et l'hostie, pour m'en faire gloire devant Dieu !
Jamais à aucune époque, même aux jours les plus sombres de 1795, la royauté, la cour et son parti, ne furent livrés à un mépris aussi violent, à des injures plus audacieuses, à un déchaînement de coicres aussi furibondes. Ce qu'on écrivait, ce qu'on disait, ce qu'on inventait contre le chef de l'État, dépasse aujourd'hui toute imagination. Certes, cette cour s'était bien jetée d'elle même dans la bone où elle était traînée ; certes, les fils de Catherine de Médicis avaient donné l'exemple de cette corruption qui a entaché la dernière moitié du xvi* siècle, et Henri III avait comblé toute mesure par ses débauches crapuleuses, sa paresse engourdie, ses prodigaHtés désastreuses, ses superstitions puériles , ses mascarades religieuses et ses folies sans nom ; mais, en se soulevant en masse contre lui, l'union prétendue catholique mit la violence, l'abus, l'intrigue, la mauvaise foi, le fanatisme, si près du châtiment, que, loin de sauver le pays, elle le couvrit de deuil, et lit glisser dans le cœur d'un peuple que troublaient pour la première fois des rêves d'émancipation ces colères inévi-