CHAPITRE XI
dat, a fait maints voyages en Allemagne, en Angleterre, et a distribué çà et là, à Coutras et à diiïérenles rencontres, des coups dV'[)ée<lignes(!e lui; c'esl tout dire. Mais ses nombreux succès ne l'ont pas consolé de la mystification du capitaine la Gazette. C'est en vain qu'il a cherché de tout côté le rusé Normand, nul n'a pu lui en donner des nouvelles; toutefois, il ne j)crd ni courage ni csj)oir. (luoique le temps qui s'écoule lui fasse déplorer, à toute heure, le mauvais usage que fait probablement la Gazette de son trésor, selon lui, volé au roi de Navarre.
3Iadame du Fresne a fait sortir Jacques Clément de son caveau, et tous deux se sont promis une mutuelle assistance pour se venger du chevalier. Celte association n'a eu aucun résultat, car les voyages du Gascon l'ont soustrait à toute poursuite ; le moine et la belle veuve se sont jetés au sein de la Ligue, dans Paris, attendant, du hasard, l'occasion qu'ils n'ont pu faire naître, de porter les coups qu'ils méditent.
La Gazette a acheté quelque part, aux environs de Paris, une terre magnifique où il mène train de prince et fait chère lie.
La marquise Fabiani et Venezia, recueillies par les maîtres de la maison où elles s'étaient arrêtées, y avaient reçu une honnête hospitalité; leurhôte était un vieux gentilhomme campagnard
retiré des affaires turbulentes de ce temps et demeuré fidèle au roi. Après avoir pris un jour de repos, les deux dames s'étaient remises en voyage, montées chacune sur un cheval commun mais vigoureux. Guidées par un paysan, elles avaient pris la route de Paris, et, jusqu'à Étampes, leur voyage s'était fait paisiblement. Cependant, plus la marquise et sa compagne s'approchaient de Paris, plus elles avançaient lentement.
L'agitation qui régnait dans la capitale avait de puissants échos au dehors, et le roi ne s'était pas encore enfui du Louvre, que ses ennemis s'étaient rendus maîtres de tout le cercle que nous appelons aujourd'hui la banlieue.
La marquise s'était vue obligée de séjourner à Étampes, afin de ne pas s'exposer à des dangers qui eussent retardé sa marche. Mais si énergique que fût le caractère de la Vénitienne, si brave que fut son cœur, ses forces durent succomber aux fatigues violentes qu'elle surmontait depuis si longtemps : elle tomba malade, et si dangereusement que Venezia, au désespoir, la fit transporter dans un couvent de sœurs hospitalières, où elle reçut des soins éclairés et touchants qui ne lui rendirent cependant pas, de longtemps, la santé. Consumée par une fièvre lente, la marquise se débattait entre la vie et la mort, invo-