‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 181 sur 185 · CHAPITRE \I · texte numérisé non relu

CHAPITRE \I

quant Dieu et lui demandant pour toute grâce la force d'arriver au terme de son voyage avant de lui rendre son àmc que tant de secousses avaient brisée ; mais le mal empirait, et aux accès redoublés de la fièvre succéda une paralysie complète des deux jambes.

Désormais attachée à son lit de douleur, la marquise se laissa gagner par un sombre désespoir; la gitana s'efforça en vain de ramener la confiance dans ce cœur désolé : elle ne put y parvenir, et les plus affectueuses caresses de son dévouement n'apportèrent que des consolations amères à la pauvre malade dont la raison paraissait ébranlée. Souvent la marquise avait ordonné à Venezia de l'abandonner, et de se rendre seule à Paris ; elle lui avait dit un jour :

— Tu iras le trouver, tu lui feras savoir que je suis ici, tu ne lui diras pas que je l'attends... Non, ma dignité s'y oppose... Je ne veux rien devoir à la pitié... Mais enfin Dieu l'inspirera, car Dieu est bon, et ce que j'ai souffert, ce que je souffre doit m'avoir mérité le pardon de ma faute... Obéis-moi, Venezia, je t'en conjure, obéis-moi !

— Chère marraine, avait répondu la jeune fille, ne me tentez pas : je vous aime tant que je pourrais être faible et céder à votre volonté. Ce que vous me recommandez là est inexécu-

table pour deux raisons, d'abord, je ne peux consentir à vous abandonner dans l'état où vous êtes ; s'il vous arrivait malheur en mon absence, je mourrais de honte et damnée, car vous êtes plus que ma vie, et c'est un culte que je vous ai voué. Puis je dois veiller à votre gloire, tandis que le désespoir et la douleur vous la font oublier. Quoi! vous voulez que j'aille trouver le comte de Saveuse!...

— Plus bas! plus bas ! avait répondu la marquise, ce nom fait tressaillir toute la partie vivante de mon pauvre corps... plus bas! te dis-je, pour Dieu ! pour moi ! plus bas !

— Eh bien! avait repris la gitana à demi-voix, vous voulez que j'aille trouver le comte pour lui dire que vous avez pieusement attendu à Venise que votre illustre père ne fût plus de ce monde, pour venir chercher en France l'homme qui vous a trahie, l'homme qui vous a menti, l'homme qui, depuis quatorze ans, ne vous a écrit que deux fois, qui a oublié sa victime... vous le voulez moi je ne le veux pas , car que

lui dirais-je? Ne croira-t-il pas que vous venez l'implorer et lui demander en grâce un nom que, j'en frémis, vous ne tarderez pas à mépriser !

— Hélas ! avait murmuré la marquise en tordant l'une dans l'autre ses deux mains ; hélas !

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