‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 182 sur 185 · CHAPITRE XI. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. i

je ne veux pas non plus que lu dises cela, et cependant...

— Je vous devine, ma noble et bonne maîtresse, je vous devine... Vous ne voulez pas que je dise cela, et cependant cette faiblesse est bien dans votre âme. Nous sommes ainsi, nous autres pauvres femmes, ou plutôt vous êtes ainsi, vous, femmes de l'Europe, vous avez assez de fierté pour ne pas avouer les lâchele's de votre cœur...

— Venezia! vous vous oubliez...

— Ob! chère marraine, avait ajouté la gitana en tombant à genoux, pardon ! mais mon amour pour vous n'est pas suspect ; pardon si je suis trop franche, mais mon sang me brûle, et les filles du soleil et les enfants des tribus vagabondes ne savent que haïr et adorer ! La haine est chez nous sans pitié, l'amour y est sans frein î Rappelez-vousThistoire delà Péruvienne, ma grand'mère. A celui qui nous chérit, nous donnons toute notre vie, sans calcul, sans détour ; à celui qui nous trahit, nous donnons la mort sans regrets. Je n'irai donc pas vers le comte, car ce serait vous rabaisser, et j'aurais plutôt envie de le poignarder que de le fléchir.

— Mais ce que tu ne veux pas faire à toi seule nous sommes venues en France pour le tenter à nous deux, cependant.

— Non... Votre mémoire est affaiblie parla douleur, votre cœur s'est amolli dans le chagrin : nous sommes parties de Venise pour savoir si le comte est vivant, pour qu'il nous vît, et que Dieu fît le reste. Vous n'avez jamais voulu rien implorer par cette démarche, tandis que si vous m'envoyez en message, vous vous déshonorez en tendant la main. Nous savons que le comte existe, nous savons qu'il est tout-puissant près du roi, qu'if n'est pas marié ; notre tâche est donc à moitié remplie; prenons courage et prions, puisque vous repoussez le conseil que je vous ai si souvent donné depuis notre départ du château d'Angers.

La marquise avait répondu à ce souvenir par un sourire mélancolique, et Venezia avait repris :

— Souvenez-vous de Peblo, et pensez au vicomte de Gourdon. C'est en vain que vous tentez de fuir votre destinée, le vicomte est l'étoile que vous verrez briller dans votre naufrage.

— Mon naufrage!... tu me crois donc abandonnée, trahie !...

— Oui ! avait répondu la gitana, pendant qu'un nuage passait sur son front, et qu'un éclair jaillissait de sa noire prunelle.

La marquise Fabiani était tombée dans un abattement profond. A dater de ce jour, elle

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