CHAPITRE XI
n'avait plus demandé à sa compagne de faire le voyage d(; Paris, vl elle n'avait attendu que du Ciel le bannie qui devait tout à la fois lui rendre la santé du corps et la paix de l'àme.
La mar(iuise vécut ainsi chez les sœurs hospitalières pendant trois ans ; sa bienfaisance répandit de riches aumônes autour d'elle, et lorsque, comme par miracle, elle recouvra ses forces et l'usage de ses membres, le couvent tout entier, quoique chagrin de son prochain départ, rendit à Dieu de ferventes actions de grâces.
La marquise, se voyant en état de se rendre à Paris, fit ses préparatifs de voyage vers la lin de 4589. Elle était restée étrangère, pendant ses trois années de réclusion, à toutes les affaires mondaines, car la règle du couvent était trèssévère, et la supérieure était la seule, parmi les religieuses, qui fût au courant des événements politiques dont elle avait soin de faire grand mystère.
La veille du jour fixé pour son départ, la signora Fabiani se rendit chez la sœur supérieure, pour lui faire ses adieux et recevoir sa bénédiction. Elle la trouva très-occupée des préparatifs d'une fête religieuse, donnant des ordres multipliés, entourée de tapisseries, de broderies et dornements sacrés.
— Vous ne quitterez pas Étampes demain, ma
sœur, Jui dit la supérieure, car il s'y prépare une cérémonie magnifique, cl toutes les rues seront encombrées en l'honneur de Dieu.
— Que doit-il donc se passer?
— Vous me voyez en devoir de faire dresser à la porte du couvent un autel, un reposoir, dignes de notre communauté. La sainte union fait une procession dans toutes les villes de la Ligue, et le clergé de Paris, les princes et princesses de Lorraine, les dignitaires de TEtat et les grandes confréries doivent appeler, demain, les bienfaits de la Providence sur notre cité : vous ne pouvez manquer d'assister à ces pompes.
— Quoi ! Paris entier se transporte dans la province?
— Oui, ma sœur, ou du moins les fidèles remplissent le pieux devoir de visiter les villes autour de Paris, afin de soutenir, de réchauffer le zèle des défenseurs de la foi.
La marquise ne fit pas d'autres questions, mais comme elle avait arrêté dans la ville un logement où se devaient réunir ses gens et ses bagages, elle n'en prit pas moins congé des religieuses, le jour même, se réservant de faire ce qu'elle pourrait le lendemain. La signora Fabiani était peut-être plus belle à l'époque où nous la remettons en scène que lors de son arrivée au château d'Angers. Son visage pâle et un peu