‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 20 sur 185 · CHAPITRE in · texte numérisé non relu

CHAPITRE in

et de chevaux, et la garnison se rua sur le camp à grands coups de mousquetades et de londaclies avec tant de vigueur, que les huguenots, n'ayant i)as de chefs pour les guider, lurent taillés en pièces et égorgés sans savoir où donner de la tête dans cette magnifique bagarre.

u Quand le comte du Lude arriva, il fut tellement émerveillé de ce beau carnage, qu'il emmena du P'resne avec lui pour le présenter au roi.

« Voilà mon histoire, que vous n'auriez pas ignorée si vous eussiez été en France en 1575, époque où le fait eut lieu.

— Mais, dit Ancyre, je ne vois pas quel rôle ont joué les fourchettes du capitaine du Fresne en tout ceci...

— C'est, cependant, facile à deviner, interrompit l'abbé.

— Oui, c'est bien facile, ajouta du Fresne d'un air capable.

— Demandez à mon oncle, continua le Gascon. Du Halot était aussi pâle que l'avait été du

Fresne à l'histoire des couteaux ; il ne répondit pas.

— Les fourchettes d'or dont se servaient les huguenots étaient cannelées, reprit l'abbé ; au fond de chaque cannelure était un poison bénin, composé par un chirurgien habile de du Fresne, et recouvert d'un vernis doré. Les hérétiques en

passant et repassant la langue sur les cannelures, eurent soin de les vider, et de se fourrer la mort dans le ventre...

— Ah! l'excellente plaisanterie ! s'écria le Grec, tout en regardant à la dérobée si son couvert était cannelé. Je comprends maintenant que ces pauvres assiégeants durent être bien attrapés, car ayant partagé les mets et les vins avec leurs hôtes, ils durent croire à un empoisonnement général, et ne surent qui accuser.

— Vous voyez que le sieur du Fresne n'est pas estropié delà cervelle... hein? et que les fourchettes valent bien les couteaux de mon cher oncle!

Du Fresne se prit à rire aux éclats, en regardant du Halot.

— Dites donc, glissa tout bas le Grec à du Halot, mais c'est un sacripant que votre ami, et sa femme ne lui en fait pas assez, véritablement.

Puis, tout haut :

— Il est temps de nous séparer; je vous fais mon compliment, cher amphitryon, sur le rare esprit de votre neveu ; il raconte comme un ange, et s'il dit la messe comme ses histoires, il sera pape au premier jour.

Sur ce, la compagnie se leva ; l'Albanais prit le Gascon par le bras, et, l'attirant dans l'embrasure d'une fenêtre :

CHAIMTRE III. hl

— Çà ! coiitez-iijoi inaiiitcnaiit ce qu(; vous a (onfiémonsciijueui'clc Brissac loucliaiil ccilaiiics amourettes..

— M. le gouverneur, on veut vous assassiner d'abord, et s'emparer du eliûteau d'Angers aussitôt après le eoup...

Aneyre (il deux pas en arrière. L'abbé continua :

— Ne témoignez aucun étonnement de ce que je vous dis... mon oncle et le capitaine qui causent là-bas dans ce coin ont l'œil sur vous et sont peut-être moins bctes qu'ils n'en ont l'air. Écoutez-moi, je n'ai que quelques mots à vous faire comprendre.

— Allez! j'écoute.

— Celui qui veut vous tuer, c'est du Frcsne, parce que vous caracolez autour de sa femme ; celui qui veut vous prendre votre château, c'est mon oncle.

— L'une et l'autre entreprise sont malaisées, je crois.

— Pas tant que vous pensez. Vous avez écouté joyeusement mes deux histoires, n'est-ce pas ?

— Oui.

— Et vous avez cru, sans doute, que je bavardais comme une pie, pour le plaisir de bavarder?

— Je l'avoue.

— Eh bien ! sachez que, au moment où je devais porter mon verre à mes lèvres de la main gauche, vous deviez, vous, tomber sous les couteaux de mon oncle et du capitaine.

— Bah! c'était donc mon histoire que vous racontiez?

— Tout bêtement, comme vous l'avez entendu.

— Et pourquoi vous étiez- vous chargé de donner le signal?

— Pour vous sauver la vie.

— Et qui vous porte à me sauver la vie?

— La Ligue que je prêche en secret, et qui vous estime.

— Très-bien... Et le château, comment le prendra-t-on?

— Comme on pourra, mais on le prendra si vous n'êtes sur vos gardes.

— Et comment le défendrai-jc contre la ruse ?

— Comme vous voudrez.

— Qu'entendez-vous par là ?

— Qu'il y a deux moyens de se défendre.

— Lesquels?

— L'épée et la fourchette.

— J'ai compris.

— Je vous en félicite.

— Quand faudra-t-il inviter les conjurés à diner?

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