‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 23 sur 185 · TOUT CHI:MI.V MENE A ROME · texte numérisé non relu

TOUT CHI:MI.V MENE A ROME

Néanmoins, Pampelonne se laissa prendre par chaque bras, sans résistance, et dit d'une voix mielleuse :

— Vous seriez- vous grises, par linsard, chers amis?... Allons! mon oncle, vous avez un poignet de fer qui déchire ma soutane.

— Pourquoi vous prétendez-vous neveu de du Halot? demanda du Fresne de son ton le plus bourru.

— Parce que c'est une excellente parenté . pardieu ! qui me fait grand honneur,

— Ne ricanons pas, s'il vous plait, parlez net;

qu'éte3-voiis venu faire dans ce logis, et quel est votre nom véritable?

Le Gascon vit parfaitement qu'il cominençait à marcher sur des épines ; il prit donc la mine sombre d'un conspirateur , et dit avec mystère :

— Puisque vous êtes sourds et aveugles en même temps, corbeuf! vous m'allez obliger à rendre de vous un triste compte quand M. d'Épernon m'interrogera.

— Allez toujours ! lit du Ilalot, que cette menace gênait un i)cu.

— Mon nom , je vous l'ai déjà dit : je suis le chevalier de Pampelonne, l'un des quarante-cinq gentilshommes de Sa Majesté; ami et compatriote du duc d'Épernon, par conséquent Gascon, pauvre et naturellement porté à tout péril qui me doit mener à la fortune. Il fallait arriver là sans être reconnu , voilà pourquoi j'ai pris cette défroque de moine qui me donne un tout autre air que celui dont m'a avantagé la nature , vous pouvez le croire. M. le duc d'Epernon aime peu M. de Cossé , qui est un ligueur , vous le savez ; il aime beaucoup , au contraire , le commandant du Halot et le capitaine du Fresne, qui sont au roi de cœur et d'âme. Alors il a trouvé plaisant d'enlever le château d'Angers à Brissac , et d'y mettre du Halot pour gouverneur et du Fresne comme second. Le roi a donné son consentement

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H cctfo nfîairc, et n jjromis de reconnaître loiit ce qui serait tenté dans ce sens comme émané de sa volonté.

— Pourquoi Sa Majesté ne m'a-t-elle pas tout simplement envoyé un brevet?

— Ouais ! vous en parlez bien à votre aise. Croyez-vous que le duc de Guise l'aurait signé, ce brevet, Cossé-Brissac étant son ami particulier?

— C'est juste, fît du Fresne.

— Le roi a donc été obligé de prendre le biais comme un lièvre , et de jouer au plus fin comme un Gascon , et je suis parti du Louvre en toute bâte pour vous investir de votre gouvernement et cbasser le mercenaire. J'ai fait dans la journée un trotte infernale , vous avez vu dans quel état j'ai mis ma monture; la pauvre béte est plus beureuse que moi, car elle se prélasse dans sa litière, et moi je dors debout ou assis, ce qui ne vaut guère mieux... Ouf! làcbez-moi donc un peu.

Du Halot ouvrit sa large main ; du Fresne tint toujours bon.

— Avez-vous quelques papiers qui confirment vos paroles?

— Eb î si je n'en avais pas , je vous dirais : Faites-moi pendre, c'est voire plus court parti.

— Voyons ces papiers, dit du Halot.

— Fouillez là , dans le tuyau de ma botte

droite... bien, vous les tenez, déchirez les enveloppes et lisez.

Du Halot lut :

«c Le porteur mérite toute confiance, il est fidèle au roi.

« Duc d'Épebnon. »

— C'est bien court, murmura-t-il en repliant le billet.

— Les conspirateurs n'écrivent pas comme les procureurs , que je sache.

— Enfin, passons là-dessus, dit du Fresne ; expliquez-nous maintenant pourquoi vous nous avez donné cette comédie de mains gauches , de mains droites et de couteaux?

— Je voulais tâter le cœur du Grec et les vôtres, savoir si vous étiez hommes à ne pas reculer, et lui à se dérouter.

— Et pourquoi n'avez-vous pas bu de la main gauche quand vous nous avez vus bien décidés?

— Parce que j'avais sondé les flancs du mercenaire avec la pointe de mon couteau , tout en le plaisantant , et que ma lame avait rencontré une cotte de mailles sous son pourpoint.

— Ah ! fichtre ! s'écria du Fresne.

— Il nous aurait fallu un gros quart d'heure

CnAPITP.E IV. Cl

pour assommer ce beau fils, cl son escorte aurait eu du temj)s de reste pour nous étrangler.

— C'est plein de sens, fil du Fresne.

— Ce n'est pas maladroit, murmura du Halot.

— D'ailleurs, il m'était venu, vers le milieu du souper, une idée que je crois excellente, et qui, Dieu aidant, nous installera tous, dès demain , au château.

— Et cette idée?

— La voici : demain, un peu avant midi, le capitaine du Fresne et moi , nous montons à la citadelle pour rendre visite à l'Albanais. L'Albanais nous prie à dîner; nous refusons, prétextant que des amis nous attendent en ville. Il insiste et nous engage à convier nos amis de sa part. Du Fresne se détache alors pour aller chercher du Ilalot, qui est tout prêt avec une vingtaine d'enfants perdus bien choisis et armés sous leurs jaquettes. Les gardes, averties, laissent passer notre monde , et nous dînons.

— Oui-da ! fit du Fresne, avec des fourcliettes cannelées, n'est-ce pas?

Le Gascon se mit à rire et reprit :

— Vous croyez donc que le Grec a profité de la leçon ?

— Ça m'en a tout l'air , grommela du Halot.

— Et vous n'avez pas torf, car je l'ai prévenu.

— Prévenu de quoi? s'écrrièrent les deux Angevins avec terreur.

— De notre complot, pardieu !

— Misérable!...

— Allons ! allons ! me prenez-vous pour un hérétique, avec vos couteaux levés? Donnez-vous plutôt la peine de raisonner. Si je n'avais pas raconté Thistoire des fourchettes , l'idée ne serait pas venue au Grec d'avoir pour cuisinier demain unemj)oisonneur, etsijenevous avais pas trahis, il n'aurait jamais consenti à vous inviter en si grand nombre.

— Ce gaillard-là parle comme une sibylle, dit du Fresne au comble de l'admiration.

— Il est vrai que les Gascons sont fort ingénieux, ajouta du Ilalot. Mais un instant, monsieur, qui vous a si bien appris l'histoire des fourchettes?

— Et celle des couteaux? demanda du Fresne.

— La renommée , mes maîtres.

— Méchante raison ! vous avez embrouillé votre récit de vérités et de mensonges qui font supposer quelque vilain dessein.

— Eh bien ! oui , c'est vrai ; j'ai voulu divertir l'Albanais un peu à vos dépens, messieurs, en lui racontant des drôleries où vos noms n'avaient rien à faire. Je ne connaissais que très-imparfaitement ces deux histoires , qu'on m'a cornées

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