‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 33 sur 185 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

— Vite, Louiscttc, vite, mon enfant... en bas... en bas !

Louise obéit, pendant que sa maîtresse, s'approcliant (rime grande glace de Venise, passait ses doigts eftilés et chargés de bagues dans ses longs cheveux, et rajustait quelques points de sa toilette, en se souriant d'un sourire nerveux et voluptueux.

La porte s'ouvrit, et le chevalier de Pampelonne apparut sur le seuil, le visage en feu, le front ruisselant de sueur, et le feutre de travers.

Le Gascon avait changé de costume de haut en bas, et sa nouvelle toilette était d'une bizarrerie grotesque pour un élégant. Ses chausses étaient en peau de buffle comme en portaient les fantassins, lourdes, rudes, et à peu près indestructibles ; son pourpoint était de satin vert, festonné d'argent ; au lieu de bottes il portait aux pieds des souliers à rubans, et aux jambes de longues guêtres de batteur d'estrade. Enfin, sa collerette était brodée et nouée sur le pourpoint par un nœud de petites perles.

Ainsi vêtu, Pampclonne tenait du petit bourgeois et du gentilhomme, du chevalier et du soldat fantassin.

— Armand ! s'écria la jeune femme en se jetant au-devant du Gascon.

— Quelle heure est-il, ma chère Clémence? répondit Pampelonne en entrant dans la chambre, les bras au cou de sa maîtresse.

— Oh! le sais-je, mon ami?.. .Vous voilà, j'ai tout oublié.

— Bientôt quatre heures, dit Louisetle qui se tenait dans l'ombre de la portière.

— Quatre heures ! s'écria le chevalier que celte réponse avait frappé comme un coup de canon.

— Quatre heures bientôt, répéta la jeune fille en mordant ses petites lèvres jusqu'au sang.

— C'est impossible, dit Clémence.

— Le temps vous a paru bien court, répliqua la soubrette avec un sourire qui, malgré elle, tint plus du sarcasme que de la plaisanterie.

— Peu importe, trancha le Gascon, il ne fait jour qu'à cinq heures, et s'il en est quatre, j'ai trois quarts d'heure devant moi... Dieu soit béni !

Et, tombant aux genoux de sa maîtresse, il les embrassa tendrement.

Louisette jeta un regard passionné sur ces beaux jeunes gens, et prit la fuite.

Clémence courut à la porte, mit les verrous, et bondissant sur le tapis comme une gazelle, elle s'élança dans les bras de son amant, qui la pressa sur son sein.

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— Ami, tu as encore risqué tn vie pour moi, dit enlin la jeune remnie d'unevoix languissante.

— Bah ! je la risque bien tous les jours pour moi-même ou pour le roi, ce qui ne fait qu'un.

— Comment?

— Eh pardiennc ! quand je charge répce au poing, ([uand j'escalade, (juand je conspire, quand je vais sur le pré, c'est pour moi que je me bals, ou pour le roi ; et quand je me bats pour le roi, je me bals encore pour moi, car le roi me paye... Il ne m"a encore payé (ju'cn promesses, c'est vrai, mais il sera riche un jour, ce pauvre roi de Navarre!

— Ah! mon bon ange, ce que tu dois entreprendre aujourd'lfui m'épouvante...

— Vive Dieu ! ma mie, n'allez-vous pas m'amollir le caractère ?

— Non ; mais je t'aime, et je tremble de...

— Me voir pendu . . . hein ?

— Oh! pas de ces vilains mots... vous me faites frissonner, méchant!

— En tout cas, mignonne, dit le Gascon en mordant les boucles blondes de sa belle maîtresse, si je suis arquebuse ou pendu, vous ne pourrez qu'y gagner.

— Et en quoi, monseigneur ?

— En ce que je quitterai ce monde en compagnie de ton mari. Un jeune amant comme moi

se rencontre à tout moment, un vilain mari comme le tien ne se trouve qu'une fois dans la vie.

Un coup terrible frappé à la porte de la chambre et qui fit trembler toutes les vitres arrêta le sourire mélancolique de Clémence et fit bondir Pampelonne sur lui-même.

— Clémence ! ouvrez, ou j'enfonce votre porte, cria une voix bien connue et que la colère rendait plus aigre et plus discordante que de coutume.

— C'est lui! murmura la jeune femme dont les joues se teignirent de la pâleur du lis.

Pampelonne prit un pistolet à sa ceinture, et marcha vers la porte. Clémence se pendit à son bras et tomba à ses genoux.

— Que faire donc? glissa le chevalier à Toreilie de sa maîtresse. Dussé-je passer sur son corps, il faut que je sois chez du Halot avant le jour.

— Viens, murmura Clémence.

Et, l'entraînant vers son alcôve, elle pesa sur un ressort qui fit ouvrir une petite porte; alors elle poussa Pampelonne par les épaules et retira la porte à elle.

— Bon ! murmura le Gascon avec colère, me voilà bloqué maintenant dans un cabinet noir... et le jour qui va poindre...

— Il n'est que trois heures et demie, M. le

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chevalier, dit une petite voix, rassurez-vous.

— Comment, c'est toi, Louisette? Oh! miséricorde ! que fais-tu là ?

— Chut ! repondit la souhrette.

Pendant que Clémence exécutait sa manœuvre, on continuent d "ébranler la porte à grands coups de pommeau d'épée,et le ciel à grand renfort de jurons.

— Kh ! bon Dieu, à qui en avez- vous ? demanda la jeune femme en donnant à sa voix une inflexion mielleuse.

— Ouvrez, tonnerre ! ouvrez, sang du diable! Clémence courut aux verrous pieds nus et tout

en désordre ; puis, ouvrant, elle s'écria :

— Vous êtes bien plus rustre aujourd'hui qu'hier, monsieur !

— Où est votre amant, madame? hurla en entrant, l'épée à la main, le capitaine du Fresne, que la fureur rendait pâle et violet tout à la fois.

— Donnez-vous la peine de le chercher, répondit la jeune femme en éclatant d'un fou rire qui fit frissonner le Gascon dans sa cachette.

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