CHAPITRE PUEMIER
cheval. Cominc le signe ne s'adressnit qu'à un seul, et que les domestiques étaient quatre pour rinlerprcter, aucun d'eux ne bougea.
Alors, comme aujourd'hui, la valetaille ne se gênait guère.
Sur ces entrefaites, la vieille revint et cria du haut du perron d'une voix un peu aigre :
— M. le commandant dit que son neveu est nn mauvais drôle , pour qui ses portes sont fermées.
— Veuillez alors le prévenir que je vais entrer par une fenêtre.
Pendant qu'on rapportait cette réponse cavalière au commandant, l'abbé jeta la bride au cou de son cheval et s'avança vers le perron.
— Voilà un curieux effronté , dit une voix mâle dans la salle qui donnait sur la cour; venez voir, messieurs, comme je le vais recevoir.
En achevant ces mots, le commandant se présenta suivi de deux cavaliers qui lui tenaient compagnie, et se rencontra nez à nez avec l'abbé qui, lui sautant au cou, mit un gros baiser sur son oreille gauche et lui dit tout bas :
— Je suis votre neveu, et je fais votre fortune.
Puis sur l'oreille droite en lui glissant :
— Vous êtes mon oncle , sinon je vous tue roide comme un chien.
Le choix n'étaitpas varie, mais le cas était pressant. Du Ilalot se débarrassa de l'étreinte de son singulier visiteur, et comme il vit qu'il portait la main sous sa soutane, il feignit une agréable surprise, et s*écria en riant comme un compère :
— Du diable si je t'aurais reconnu, mon cher enfant ! tu as engraissé à faire frémir.
— On n'est pas moine pour maigrir , mon cher oncle , riposta l'abbé qui se jeta derechef dans les bras du commandant et lui dit encore, de manière à n'être entendu que de lui : Donnezmoi vite un nom, et baptisez notre parenté, je suis au duc d'Épernon.
— Messieurs , je vous présente Jacques Clément, mon neveu à la mode de Bretagne, un clerc de première volée.
Les deux amis du commandant s'inclinèrent à cette présentation, et se retirèrent pour laisser l'oncle et le neveu au plaisir de leur heureuse rencontre.
— Ah çà, faquins! cria l'abbé aux valets, n'allez-vous pas mettre mon cheval à l'écurie, s'il vous plaît?
A ce ton de commandement, les quatre domestiques se décidèrent et obéirent.
— Fourrez-lui de la litière jusqu'au ventre et remplissez d'avoine sa mangeoire, continua l'abbé; la pauvre bête est sur les dents.