LES QUIPROQUOS DU CAPITAINE DU FRES.NE
— Qu*as-tu fait de mon cheval, hein? demanda Pampelonne à Gourdon, feignant la colère.
— M. l'abbé , je vous jure qu'il n'y a pas de ma faute.
— Parleras-tu, coquin? dit du Halot; où est le cheval de mon neveu ? A qui l'as-tu vendu?
— Monseigneur, voilà ce qui est arrivé. Hier, pendant que vous soupiez , j'ai mené boire le courtaud de M. l'abbé ; et , comme je m'étais aperçu que les autres chevaux le rossaient de coups de pied à l'écurie, j'ai cru bien faire en
rattachant dans la grange, pour qu'il y pût manger et dormir en paix... Puis, comme j'avais bu un petit coup de trop à Foflîce et que j'avais grand chaud à l'écurie, je suis allé me coucher sur la paille du hangar au jardin, où j'ai trop bien dormi, pour mon malheur. Quand le jardinier a ouvert la porte, il n'y a qu'un instant, je suis allé à la grange pour panser le cheval, et n'ai trouvé que son licou... Voilà une bien mauvaise nuit que j'ai ramassée là, et vous m'allez sans doute chasser.
— La porte de la grange n'était donc pas fermée? demanda le Gascon avec un redoublement de colère.
— - Voilà où est ma faute, monsieur. De grâce, ne me faites pas arriver malheur, je suis un pauvre diable chargé de famille.
— Vous entendez, mon oncle, vous entendez, et vous voyez quelle canaille vous sert. . . Eh bien ! moi, je ne crois pas un mot de ces balivernes; votre Jérôme est un pendard , un animal , un butor et un larron tout à la fois. J'entends que vous le chassiez, mais que, pour ma satisfaction personnelle, vous me permettiez d'ordonner son châtiment. A ce compte , je ne vous demanderai plus que cinquante pistoles de mon courtaud, qui men a coûté cent.
— C'est justice, fit l'intègre du Halot.