‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 51 sur 185 · CHAPITRE viir · texte numérisé non relu

CHAPITRE viir

— Viens ici que je te fouille, snrrij);int ! cria Pampclonne.

Le vicomte obéit cl tint la tête baissée pour ne pas rire au nez de son ami, qui mit la main dans toutes ses poches, lui fit ouvrir la bouche, puis cracher.

— Tu auras enterré le magot, licin"^ mais nous saurons bien te faire parler, sois tranquille. Mon oncle, je vous prie d'ordonner quon me bàtonne ce rustre, et qu'on lui mette Téchine à feu et à sang... Ah! tu voles le neveu de ton maître! Oui-da ! Et combien t'a-t-on donné pour ce bel ouvrage?... Je parie que tu as déshonoré mon courtaud en le vendant à vil prix.

— Mon père, croyez-moi, je suis honnête homme.

— Tais-toi, bandit... Mon oncle, c'est entendu, n'est ce pas? Deux cents coups de trique.

— Cinq cents, si tu veux, mon cher ami.

— Au fait, va pour cinq cents, il en crèvera peut-être, et ce sera un chien de moins; d'ailleurs on le frictionnera après la danse avec une limonade de citron, depoivrc et de sel, c'est sain en diable... Mon oncle, vous pouvez descendre pour faire préparer cette réjouissance... Je garde ce drôle pour m'habiller, et vous rejoins à la minute.

— Prends garde à quelque mauvais coup de \. 12

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ce garnement, dit du Ilalot en se retirant , c'est un homme à tout faire.

— N'ayez pas peur , au premier geste , je lui casse la tête... Recommandez que les triques soient neuves , je vous prie , et qu'on frappe à tour de bras.

— Sois tranquille !

— Allons! brigand, porte-moi mes chausses, dit le Gascon à haute voix, de manière à ce que du Halot pût encore entendre de l'escalier ce commandement.

Le vicomte de Gourdon prit les chausses et les posa respectueusement sur le lit du chevalier, qui poulFa de rire et mit sa main sur sa bouche pour étouffer sa voix.

— J'espère bien que tu vas t'avranger de façon à faire fouetter quelqu'un à ma place, dit Gourdon avec une certaine grimace.

— La place est bonnevraiment, cher vicomte, qui voulez-vous qui la prenne?

— Le diable si tu veux ! s'écria Gourdon. Cette cérémonie est toute de luxe, on s'en peut trèsbien passer.

— Non pas, corbeuf ! non pas !

— Comment ! non pas ! tu crois que je vais tendre le dos comme un goujat, comme un muiet?

— Dame! en politique, on ne sait pas jusqu'où l'on va .

CUAPITRE YlII. 135

— La peste t'étonlfe, je ne ïms |)jis de politifiiie. moi, ou, du nioius, elle neutre (jue pour |ieu dans mou entreprise. Tu es amhitieux et je suis amoureux; tu veux pr<'ndre le eliàteau d'Aui^ers pour te pousser, moi, je le veux prendre pour l'oiseau (}ui est dedans; mon projet sert notre parti , eomme le tien sert mon amour, voilà tout.

— Et vous ne vous sentez pas le eourage de vous faire iouettcr pour les beaux yeux de votre maîtresse?

— Merci! un eoup de carabine, un coup de canon, un eoup de lance, un eoup d'épée, trèsbien; mais être fouetté! allons donc!...

— Vous le serez cependant, et jusqu'au sang, mon cber seigneur. Jugez vous-même combien cette exécution nous servira. Mon algarade de cette nuit a fait grand vacarme, à ce qu'il paraît; et le gouverneur, apprenant que vous avez été traité comme un nègre, nous prendra, du Halot et moi, j)()ur de bons apôtres... Cinq cents coups de trique! avec votre constitution , mon cber, je crois que vous n'en mourrez pas.

— Sais-tu bien, Pampelonne, que tu me donnes envie de t'étrangler, pour en finir avec la politique, Tamour et la bastonnade?

— Je n'en crois rien ; nous sommes trop bons amis pour cela.

— Eli bien! soit, je vais raconter toute Thistoire au gouverneur; je lui dirai que toi, du Fresneet du Halot, avez formé le petit projet de mettre l'Albanais à la porte de sa citadelle, et de vous installer à sa place. Je m'avouerai votre complice , et nos têtes s'en iront de compagnie sur le billot. J'aime mieux cela que le fouet, c'est gentilhomme, au moins!

— Vous n'irez pas faire cette équipée?

— J'y vais de ce pas.

— C'est qu'il le ferait comme il le dit, au moins, s'écria en riant franchement Pampelonne. Je change donc de projet.

— C'est bien heureux !

— Vous ne serez ni flagellé ni bâtonné.

— Et qui le sera?

— Personne... Çà ! habillons-nous... Miséricorde! voici des chausses qui sont un peu larges pour moi.

— Puisque tu les as mises hier, tu les mettras bien aujourd'hui.

— Hier, j'avais d'autres chausses dessous, vous le savez... enfin , la soutane cachera le tout... Ah! bonté divine! fit le Gascon avec un soupir grotesque en regardant ses bottes fortes, je vais être à la nage là dedans et ne pourrai jamais faire un pas...

11 fourra le pied dans l'une des bottes , et y

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