CHAPITRE VIII
pour prendre une pose licroïquc : mon neveu Clément, homme d'autant de piété (|ue de savoir, vous veut donner aujourd'hui une preuve éclatante de sa commisération. 11 condamne ce grand misérable aux seuls remords de sa conscience, et l'absout de la j)eine du fouet... Retournez à votre ouvrage.
Pampelonnc se hâta de se dérober aux témoignages de la reconnaissance de son ami, et il sortit en compagnie de son hôte pour se rendre chez le gouverneur.
Là , le Gascon joua si bien son rôle , fit tant de gestes à propos, témoigna tant de désespoir de la perte de son cheval fleur de pêcher, parla du roi en termes si respectueux, de la ligue en mots si flatteurs, et de la ville d'Angers en si pompeuses expressions, et de son brave gouverneur en hyperboles si délicates , que ce bonhomme, qui servait le roi par intérêt, la ligue par crainte, n'eut pas la moindre idée de soupçonner les savants mensonges dont on l'entortilla, et qu'il supplia du Halot de venir prendre, le soir même, son souper chez lui, sans omettre de se faire accompagner du gentil et spirituel neveu que le ciel lui avait donné.
Il va sans dire que l'oncle et le neveu acceptèrent cette politesse avec grand empressement ; après quoi ils se retirèrent.
De retour au logis, la première personne que rencontrèrent du Halot et Pampelonne fut le capitaine du Fresne.
— Bonté divine! s'écria le Gascon lorsque les trois conjurés se furent enfermés soigneusement, comme une veillée vous change , messire du Fresne!... Vous avez la face tout à l'envers, ce matin!...
Le capitaine promena des regards obliques autour de lui, et se contenta de répondre :
— Je n'ai pas, comme vous, dormi sept heures d'un somme, à ce qu'il paraît.
— Ah ! j'avoue que le repos m'était nécessaire ; ce matin je suis frais et gaillard, comme dit le Grec.
— Ah ! pardieu î du Fresne, pendant que j'y pense, demanda du Halot, vous allez peut-être nous donner des nouvelles du cheval de mon neveu, qu'on ne sait où retrouver.
— Le cheval de votre neveu , s'écria le capitaine en homme qu'on réveille en sursaut. Votre cheval!... monsieur, c'est votre cheval?
— Bon ! à qui en a-t-il, maintenant? pensa le Gascon.
Et tout haut ;
— Si vous pouvez me le faire rendre, mon cher M. du Fresne, je vous serai bien reconnaissant, c'est une si bonne béte !