CHAPITRE vriT
— Est-ce M. du Ilalol que j'ai llioimeur de voir !
— Oui, monsieur. Votre nom, s'il vous plaît?
— Le lieutenant Cliinon.
— Soyez le bien venu, et veuillez mettre pied à terre... Holà ! prenez ce cheval et qu'on en ait soin.
— Votre neveu est-il chez vous, monsieur?
— Oui , et en bonne compagnie ; veuillez me suivre.
— Bonjour, M. de Chinon, dit Pampclonne en s'avançant vers l'étranger, et lui prenant la main.
— Mon père, je vous salue humblement.
— Ah! bah! s'écria le Gascon, il n'y a plus ici ni père ni mère qui tienne, nous sommes tous du même bord, ennemis du Guise et de la ligue ; nous savons ce que nous voulons, et nous vouions ce que nous savons ; foin du mystère ! causons à cœur ouvert. Chinon que je vous présente, messieurs, est l'envoyé du duc d'Épernon, et puisque le voilà, c'est que nous n'avons plus à reculer... est-ce vrai?
— Le plus tôt sera le mieux ; le roi déteste Brissac de jour en jour; il ne veut pas ou n'ose pas lui enlever son gouvernement , parce que M. de Guise en ferait une grosse affaire d'Etat; mais il battra des mains, ra'a-t-il dit en me donnant congé, si le brave du Halot déniche lemerle. Telle est son expression. Sa Majesté a donné
LE CHEVALIER DE PAMPELOSNE. l. 13
ordre à monseigneur d'Épernon de tenir prête la commission de gouverneur du château d'Angers pour l'expédier aussitôt l'aventure connue, et monseigneur d'Épernon , qui n'aime pas les lenteurs , a du faire partir son courrier hier. Si bien que vous aurez votre brevet lorsque la cour apprendra votre exploit.
— Ma foi! messieurs, interrompit du Halot avec enthousiasme, je ne saurais ajouter à tout ceci que le cri de : Vive le roi ! et, in petto, vive d'Épernon! c'est un noble seigneur pour qui, désormais, je me ferais brûler les entrailles... 11 n'est pas encore onze heures, le Grec dîne à midi, voulez-vous que nous prenions un peu de nourriture avant d'essayer le saut périlleux?
— C'est mon avis, dit Chinon, on ne fait que médiocrement les choses avec la faim au ventre, et j'ai forcé ma marche pour arriver ici de bonne heure. . . Vous avez donc tout arrangé pour midi ?
— Mon Dieu! oui, fit Pampelonne avec naïveté, je vous raconterai à table ce que nous avons imaginé.
Comme les compagnons de du Halot passaient dans la salle à manger, Pampelonne prit le bras de Chinon et lui dit :
— Mon cher Rochemorte, vous jouez la farce comme maître Garguille, et presque aussi bien que Gourdon.