CHAPITRE IX
conjurés pour leur entreprise audacieuse, le sousgouvcrnour Ancyre fit venir son page et lui ordonna d'achever sa toilette. Le page prit un magnifique pourpoint de satin cerise et l'offrit à son maître, puis il alla chercher une cotte de mailles souple, onduleuse, et digne des fourbisseurs de Milan.
— Très -bien, fit l'Albanais. Maintenant, l'cpée?
— Monseigneur descend en ville? demanda l'enfant.
— Non, je ne sortirai pas d'aujourd'hui.
— Alors, pourquoi cette armure?
— Et pourquoi ta question?... Mon manteau, dépêchons !
Le manteau était de satin blanc orné de lon^s galons d'or.
— Va prévenir la signora Fabiani que je vais l'aller saluer à son petit lever.
Le page s'inclina et sortit.
Ancyre était beau comme le dieu Mars (vieux style) sous son riche costume. Son air belliqueux et sa charmante physionomie se mariaient à merveille; ses longs cheveux noirs bouclés et parfumés chatouillaient ses joues et flottaient sur ses épaules. Les lignes pures de son visage étaient du modèle de l'immortel Phidias, le feu de ses regards était adouci par un séduisant sourire
qu'eussent envié bien des femmes peut-être, jalouses de sa rare beauté.
L'Albanais boucla son ceinturon d'épée, et sortit tête nue. Ses premiers pas se dirigèrent vers une salle à manger somptueuse où une table était dressée avec un seul couvert.
Le sergent que nous avons vu cbez du Halot était dans cette salle.
— Qu'examines-tu là? demanda Ancyre au sergent qui contemplait la table d'un œil paterne.
— Je dresse mes batteries, monseigneur; combien aurez-vous de convives?
— Du Halot et du Fresne, un inconnu, trois... voilà tout.
— Et l'abbé?
— L'abbé boira dans une coupe d'argent, comme moi... c'est un ami.
— Si vous m'en croyez, laissez ce calotin boire dans le vermeil comme les autres.
— Fi ! je lui dois la vie !
— Gasconnade que cela ! Vous avez affaire à plus fin que vous.
— Tu crois?
— J'en suis sûr.
— Eh bien ! vieux brave, tu mettras alors quatre coupes de vermeil quand mes visiteurs seront arrivés. Seul je boirai modestement dans