CHAPITRE PREMIER
château , serait bien reçue en cour et agréable à Sa Majesté.
En conséquence , du Halot s'était hé d'amitié i'ort étroite avec un certain du Fresne, capitaine d'infanterie, qui , ayant eu quelque brouille de ménage à démêler avec Brissac, avait résolu de s'en venger; et, comme ce du Fresne était en grande confiance avec le gouverneur de la ville, peu porté pour le gouverneur du château, il en était résulté une sourde cabale devenue assez menaçante pour Brissac, à Ix'poque où nous avons entamé ce récit.
L'occasion paraissait belle , le comte de Cossé- Brissac ayant cédé le commandement à son second , pour aller remercier et féliciter le roi du nouvel édit rendu contre les huguenots, à l'instigation de la Ligue. Toutefois, le lieutenant qui gouvernait la citadelle par intérim était un rude compagnon, malaisé à surprendre, pillard et fin comme un Grec, brave comme un lion.
Du Halot, lui, était un homme plus brave que rusé, taillé en hercule et d'un caractère délibéré. Quant à du Fresne, c'était un ancien soldat, fort estimé en guerre, exécré des huguenots, et que des chagrins domestiques avaient beaucoup vieilli. Il avait épousé une jeune fille dont on parlait trop depuis qu'elle était sa femme. Ajoutons que le mari était laid à faire peur, et
que madame du Frcsne était jolie à faire damner.
Ces explications fournies, retournons à nos aventures.
Le capitaine Ancyre entra dans la cour de la maison de du lïalot, et son escorte se rangea des deux côtes du perron pour lui rendre les honneurs militaires. Cette escorte se composait de vingt-cinq salades fort dégourdis, tirant leur nom bizarre du casque en forme de saladier qu'ils mettaient pour aller à la tranchée et monter à Tassant. Un sergent, de taille colossale, à l'œil dur et aux façons bourrues, commandait ce détachement , qui se partagea en deux bandes égales, dont l'une posa ses armes à terre, et l'autre garda la pique sur l'épaule.
Le sergent suivit son capitaine dans la salle du repas et se chargea de le servir à table, afin de mieux veiller sur lui.
Le capitaine Ancyre avait trente-cinq ans; c'était un aventurier qui se disait de grande famille, et qui était venu en France avec les Albanais dont le roi Charles IX avait renforcé ses troupes mercenaires. On lui reconnaissait de grandes qualités pour la guerre de partisans , et il était doué d'une beauté de visage peu commune. Il n'en fallait pas plus à cette époque de caprices et de troubles pour faire son chemin ;