‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 81 sur 185 · CHAPITRE xn. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE xn. i

— Mais réfléchissez donc à ce que vous dites. i^Ion père a été assassine par vous , parce que celle prouesse devait vous être profitable en cour. Ma incrc a été assassinée par voire, première femme, parce que votre femme enrageait de ne pouvoir [)as lui enlever le cœur de son mari. Voilà ce qui vous concerne. Mon frère se laisse empoisonner devant le château de Beauvoir par votre intime ami; voilà pour du Halot. Je reste seul de ma famille, et je trouve, à la fois , l'occasion d'en)portcr la citadelle d'Angers et déjouer un tour de jarnac à mes deux ennemis mortels... A ma place eussiez-vous négligé cette belle et bonne occasion?

— Non.

— A la bonne heure ! vous voilà en veine de franchise ; c'est bon signe pour votre éternité. Les bourgeois feront, je pense, un vilain parti à du Halot, car si la populace s'est soulevée contre lui, c'est grâce au parti ligneux que j'avais fait travailler sous main. Le prince de Condé arrivera, dans quelques heures, devant Angers, avec ses bonnes troupes, et comme je suis religieux , quoique calviniste, je vous promets de vous faire enterrer côte à côte avec votre ami supplicié.

— Avcz-vous tout dit''

— Tout.

— Ainsi, vous n'aimez pas ma femme?

— Je la déteste.

— Et die vous aime?

— Vous êtes bien curieux.

— Ehi)ien ! frappez moi au cœur le plus tôt possible, car je souffre comme un damné, et vous devez être satisfait de reste.

— J'ai juré de ne pas désbonorer mes mains ou mes armes en les souillant de votre sang ! Les assassins de ma famille ne doivent périr que sur la claie, à la face du bourrrau !... Sans ce serment sacré, du Halot et vous seriez morts depuis longtemps. Ne comptez donc pas sur ma pitié, et mourez à la volonté du Seigneur , qui , créant tout de là-haut , fit vos couteaux à deux tranchants, l'un pour mes père et mère, l'autre })Our vous.

— Oh ! par charité ! au nom de ceux dont la mémoire m'accuse et me condamne , au nom du Christ qui pardonnait à ses ennemis, tuez-moi !

Du Fresne prononça cette prière avec tant de douleur et un accent si déchirant, que Pampelonne, tournant la tête vers Rochemorte, dit :

— Si iM. de Rochemorte ne répugne pas à vous toucher, je consens à ce qu'il ait compassion de vos souffrances... Allons! baron, le cœur vous en dit-il?

Du Fresne poussa d'affreux gémissements.

— Rah! à tout pécheur miséricorde, répondit

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