CHAPITRE XII
Rochoiriorte, on ne sait pns ce qui peut arriver; l»eut-étrc un jour serons-nous aussi mal accommodés que ce pauvre diable.
— Alors, venez, fit Pampclonne en s éloignant de quelques pas.
Rochemortc s'approcha du blessé, et, à la clarté douteuse de la lune qui se levait derrière des nuages grisâtres, il le regarda.
Du Fresne, défiguré par la douleur, immobile et roidi comme un cadavre, attachait sur le baron des yeux hagards et ardents de fièvre.
— Vous me demandez là un triste secours, monsieur , dit le calviniste, et vous m'imposez un terrible ministère.
— Qu'importe la forme?... Obligez-moi.
— Dieu recevra vos souffrances en expiation de vos péchés, si vous savez les endurer patiemment... Vous n'avez pas une heure à vivre... Une heure est bientôt i)assée.
— Les heuressontdes siècles pour moi... C'est à vous de prendre courage.
— Je n'ai ni épée, ni poignard, dit Rochemorte en se tournant vers Pampelonne, qui , les bras croisés , regardait le ciel en silence et Tair sombre.
— Ni moi non plus, répondit-il.
— Mettez vos deux mains à mon cou , serrez fort... étranglez-moi, murmura du Fresne.
Le baron souleva la tête du capitaine et Tétreignit à la gorge.
— Encore un mot, cria le blessé, je demande pardon à Dieu de mon crime , mais je lègue au chevalier de Pampelonne un ennemi implacable qui me vengera.
— Lequel? demanda le chevalier avec dédain.
— Ma femme ! murmura du Fresne d'une voix sifflante.
— Ecrase cette chenille! cria Pampelonne.
— C'est fciit ! répondit Rochemorte. Mais , ventre-saint-gris, mon cher, je vous vois fourré dans une vilaine peau, dont je ne voudrais pas pour un empire.
— Pourquoi ? demanda le Gascon devenu pensif.
— Parce que vous avez sur les bras deux ennemis qui feraient peur au diable, une femme et un jacobin. En conscience, c'est trop pour un seul homme.
— Allons nous coucher; qui vivra verra.
Rochemorte et Pampelonne reprirent le chemin quMls avaient suivi pour descendre dans les fossés, et se retrouvèrent dans la cour d'honneur.
Deux fenêtres donnant sur cette cour étaient éclairées et ouvertes a la fraîcheur de la nuit.
— Hé ! hé ! dit le baron , qu'est-ce que cela ?
— Ce sont les appartements de Cossé-Brissac,
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— Bon ! mais , le iiiaitrc absent , les ajjpai tclucnls devraient être fermés.
— Quant à eeci, c'est le secret de Gourdon.
- Tudicu! c'est donc un palais enchanté que ce château ; je n'y trouve que mystères et secrets.
— A chacun ses affaires, à chacun ses plaisirs, mon cher baron, il faut »juc vous en preniez votre parti.
— Allons! je connnence à croire que Gourdon est le i)lus heureux de nous trois.
— Peut-être ! répondit Pampelonne en entraînant son ami vers la première cour.
Puis il lui demanda :
— Et où nous avez-vous logés, baron?
— Ma foi ! le pavillon du Grec m'a paru digne de nous bien recevoir.
— C'est mon avis .. Allons donc nous reposer ; j'ai la tète un peu lourde.
— 3Ioi, je vais faire une ronde pour m'assurer de la vigilance de nos sentinelles. C'est prudent.
— Faites... Je prendrai le service demain- Adieu !
— Bonne nuit!
Pampelonne se dirigea vers le pavillon du sousgouverneur ; Rochemorte tira droit aux remparts.
Arrivé dans la chambre qui lui était destinée, le Gascon ôta son manteau , déboutonna son pourpoint , prit un sachet suspendu à son cou
par un cordonnet de soie, l'ouvrit, en tira un petit papier plie en quatre, le déplia et lut attentivement.
— Ainsi, se dit-il tout haut (c'était une mauvaise habitude du chevalier de se parler à voix haute lorsqu'il était seul , habitude qu'ont d'ailleurs la plupart des Méridionaux) ; ainsi, se ditil, voilà qui est bien clair , bien carré, bien expliqué.
Et il relut :
« A dix pas de la troisième voûte qui mène de la cour d'honneur aux citernes , et à main gauche , se trouve une petite porte en fer, sans serrure apparente. Il faudra déplacer l'une des larges tringles qui bardent celte porte , la troisième à partir d'en haut, et on trouvera un petit (rou triangulaire. Pour faire mouvoir la tringle, il suffira d'une forte pression des doigts. On introduira la clef dans ce trou triangulaire, et le pêne de la serrure dérobée jouera facilement.
«( La porte étant ouverte, on fera quelques pas en avant et on tournera à droite, pour marcher encore environ cent pas dans une galerie fort étroite pratiquée dans l'épaisseur du rempart. Après avoir fait ces cent pas, on se trouvera devant une nouvelle porte , qu'on ouvrira avec la même clef et de même façon que la première, si