CHAPITRE XII
ce n'est qu'nii lieu de cliasscr la troisième tringle à partir d'en liant , on déplacera la quatrième a compter d'en bas.
t( On trouvera un escalier roide et construit en zigzag; on descendra deux cents marches. Dès la cent vingtième, on remarquera, à main droite, une plaque en fer, scellée à la muraille par d'énormes verrous. Cette plaque bouche une ouverture en forme d'embrasure qui donne de plain-pied sur le terrain du fosse extérieur.
u Cette sortie doit, au besoin, favoriser l'évasion de celui qui voudrait fuir de la citadelle.
«1 Au bout des deux cents marches, on se trouvera dans un caveau. Au fond de ce caveau , en face de l'escalier, est une porte basse , qu'on ouvrira en pressant du bas en haut un ressort caché à trois pans d'une fausse serrure par une plaque de plomb. Alors, on se trouvera dans une vaste salle. Cette salle est dallée en marbre. Toutes les dalles sont larges et uniformes. On comptera les dalles à main... »
Ici manquait un mot: le ])apier que tenait Pampclonne était raâchuré, de sorte qu'il était impossible de deviner de quelle main on avait voulu parler.
Le chevalier continua de lire :
« Et on s'arrêtera à la... »
Même interruption dans la phrase. Le papier plie en quatre avait été déchiré et troué en quatre endroits d'un même coup.
— Mauditcontre-temps! s'écria le Gascon, je serai forcé de dépaver toute la salle ; ce qui me donnera une rude besogne... C'est égal, corbeuf! j'en viendrai à bout ou je perdrai mon nom.
Et il reprit sa lecture.
«1 On s'arrêtera à la... dalle qu'on fera mouvoir de gauche à droite , comme une vis dans son écrou; on descendra dans un caveau peu profond, et, en fouillant le terrain à l'angle gauche du nord, on trouvera.... »
— Très-bien ! se dit Pampelonne en remettant le papier dans le sachet, et détachant du cordonnet une petite clef d'acier qui y était solidement fixée : très-bien! je sais le reste par cœur. Maintenant, h l'œuvre, murmura le Gascon, allons à la découverte... Hé ! mais comment me diriger dans ce labyrinthe? Mes yeux, pour être bons, ne sont pas des yeux de chat... Diantre! voilà, je crois, mon affaire... tout juste... Il paraît que la Providence s'en mêle, et je n'en suis vraiment pas fâché.
Le Gascon avait aperçu dans un coin de la chambre, posée sur un guéridon, une petite lan-
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terne sourde qui devail servir nu (;n])il;iiiic Aucyrc lorsqu'il fiu'sait ses rondes.
Pampeloiiiio alluma la lanterne, la eaclja sous un grand manteau dont il s'enveloppa soi^^rieusenient, attaeha un poignard à sa ceinture, et sortit de la chambre.
Le chevalier traversa la cour d'honneur ou })lnee d'armes e'. marcha droit aux citernes. Trois voûtes supportant une tour cnoi-nie séparaient la jjlace d'armes du réduit où se trouvaient les citernes. Une grille haute it soh'dc, protégée par des n)àchecoulis, barrait ordinairement le passage des voûtes.
Cette grille était ouverte, probablement p-ar suite du combat qu'avait le jour même soutenu la garnison. Pampelonne suivit la muraille à sa gauche, compta dix grands pas, et se trouva près d'une petite porte , ou plutôt d'une plaque de fer bardée de tringles et de clous à grosses tètes. Il éleva sa lanterne et mit la main sur la troisiè.iie tringle.
— Oh ! oh ! qui va là? cria une voix derrière le chevalier.
Le Gascon tressaillit, se retourna et répo.'idil :
— Que diantre ! Rochemorte , ne me faites donc pas de ces peurs.
— Peur ! Pampelonne a eu peur! dit le baron en riant, voilà qui est neuf.
LE CHEVALIER DE PAMPELO>>E. i. 19
— Eh ! pardieu , il est permis de n'être plus brave . quand on a une femme et un jacohin à ses trousses.
— Ah ! ah ! vous en tenez?
— Un peu, je l'avoue ; la nuit surtout.
— Pourquoi la nuit ?
— Parce que l'un de mes ennemis doit avoir l'âme aussi noire que la robe de l'autre.
— Bon ! je vois que vous prenez encore les choses d'un assez bon côte... Ah çà ! mais que faites-vous donc par ici , à battre les murailles? Je vous croyais enfoncé dans la plume.
— Moi?
— Eh ! pardienne, qui donc ?
— Je prends Tair.
— Avec une lanterne sourde... Décidément, chevalier, ce château est plein d'aventures.
— Vous voyez bien que je fais une ronde, de mon côté... J'espère que c'est du zèle, cela, M. le gouverneur?
— Mon cher Pampelonne, si je ne vous savais pas excellent calviniste, devinez-vous ce que je ferais en ma qualité de gouverneur?
— Non.
— Je vous ferais décapiter.
— Merci ! et la cause ?
— Vous avez toutes les façons d'un conspirateur.
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— Je l'étais avant midi et ne le suis plus depuis uiidi et demi ; mais il m'en sera resté qucl- (jue chose dans la figure apparemment.
— Oui. iJia loi... Vous avez l'air de n'être pas content de notre prouesse et de méditer un nouveau coup. Bref, vous jouez quelque partie avec le diable; et je vous trouve, ce soir plus (|ue jamais, votre mine de renard.
— De Gascon, voulez-vous dire? Écoutez , ce n'est pas ma faute. Nous autres du pays, nous avons toujours un projet dans la cervelle et un mensonge au bout de la langue : ainsi, ne m'interrogez plus, car vous ne saurez rien... Regardez donc cette plaque de fer : à quoi peut-elle servir? Je l'ai prise pour une porte, et ce n'en est pas une, car je n'y vois pas de serrure.
— Voilà que vous me contez des balivernes, au lieu de me dire sérieusement où vous courez après minuit.
— Eh bien ! je vais vous parler sérieusement... J'ai quitté ma chambre pour un grave motif.
— Là ! je m'en doutais... Et ce motif?
— Je ne vous le dirai pas, car c'est mon secret, et le secret d'un autre.
— Au diable vos secrets ! J'en ai les oreilles rebattues... Je parie que, comme Gourdon, vous allez ne pas avoir pris ce château pour le compte du roi de Navarre.
— Pour être franc, contre mon habitude, répliqua le Gascon, je crois qu'il ny a que vous ici qui ayez servi le roi |)our le roi. Gourdon et moi n'avons travaillé pour Sa 31ajesté que par ricochets.... Vous voilà content, j'imagine... hein?.... Vous y voyez clair, de ce coup?
— i^loins que jamais! Faites d'ailleurs à votre guise , je ne me mêle plus de vos mystères... Toutefois, si nous jouons de l'escopette demain, n'oubliez pas de vous mettre de la partie.
— Corbeuf ! vous savez (pie je m'appelle Pampejonne.
— Alors, bien le bonsoir!
— Bonsoir! je continue ma ronde, et vous?
— Moi ! je vais me coucher , il en est temps.
Rochemorte serra la main du Gascon et s'éloigna. Pam[)elonne, lorsqu'il l'eut perdu de vue, revint à la porte de fer, poussa la tringle, introduisit la clef dans la serrure, entra dans la galerie et referma la porte derrière lui.
Suivant exactement les prescriptions de son écrit, le chevalier tourna à main droite , marcha cent pas, ouvrit une seconde porte et trouva un escalier tellement étroit qu'il fut obligé de descendre en s'cffaçant. A la cent vingtième marche, Pampelonne reconnut l'embrasure mentionnée, tira les verrous et employa toutes ses forces à faire mouvoir la plaque qui bouchait cette ou-
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verturo par lîuiucllc il jiassa la lète et la moitié du cor|)S.
— Bon ! dit-il. voil;i le fosse... la retraite sera facile.
Et refermant l'embrasure il continua de descendre l'escalier; après quelques marches, il se trouva dans un caveau.
— Voilà un sinistre voyage, pensa le Gascon : on respire assez mal par ici... ouf! poursui- A ons !
Il vit la petite porte signalée, mit le pouce sur la plaque de plomb, la pressa du bas en haut, et la porte tournant sans bruit sur ses gonds , il se trou\a dans une salle octogone dallée en losanges de marbre noir et blanc en forme de damier. 11 abaissa sa lanterne et la promena sur les dalles qui, presque toutes, étaient chargées dinscriplions funéraires.
— Hum! dit-il tout haut, il n'y a que des morts dans ce pays ; et j'ai entrepris là une singulière cxj)édition... Enfin, le plus difficile est à })eu près fait . et en voilà bien assez pour aujourd'hui.
Puis, menaçant les losanges du geste qui lui était familier, Pampelonne s'écria avec sa cliarmante naïveté et sa rare suffisance :
— A demain, mon cher, si niché que lu sois, je saurai bien te déniclier.
Et il se retira à petits pas avec les mêmes précautions quïl avait prises pour s'introduire dans cet étrange souterrain.