CHAPITRE xiir
officier espagnol qui fit(;icliait sur elle des yeux passionnés.
— Va prendre la part, répondit-elle en s'effaçant; vois comme tes frères travaillent; tu perds un temps précieux.
— Le trésor que je cherche a bien plus de prix pour moi que l'or et le diamant.
— Que cherches- tu donc?
— Un doux regard de toi, fille du soleil... Que tes grands yeux s'ouvrent encore une fois sur moi, et je serai plus riche que tous ces pillards.
— Je ne te connais pas, je ne t'ai jamais vu.
— Je t'ai vue, moi.
— Où? quand?
— Au temple, ce matin; tu priais, et je m'enivrais de ta beauté.
La jeune fille tressaillit. Le regard du chrétien la troublait, la fascinait. Son désintéressement et son langage, dans ce temps de rapines, de crimes et de brutalités, brillaient comme un flambeau sacré dans la nuit.
— As-tu trempé tes mains dans le sang de rinca, demanda-t-elle d'une voie émue; tes armes ont-elles touché le grand guerrier?
— J'ai combattu l'inca sans savoir qu'il fût ton père, et loin de l'avoir vaincu, c'est lui qui m'a blessé.
— Et tu ne maudis pas sa mémoire?
252 LE CnEVATJER DE PAMPELONNE.
— Je la vénère.
— Protégerais-tu sa fille?
— Je lui vouerais tout mon sang.
— Tu t'éloignerais du jjillage pour me suivre, tu renoncerais à ta part de butin?
— J'y renoncerais sur-le-champ.
— Et tu vivrais pauvre dans nos montagnes, sans regrets ambitieux ?
— Ton amour comblerait tous mes vœux.
— Viens donc, murmura la Péruvienne entièrement soumise par cette voix victorieuse et ce regard qui appartenait à la l'ois à l'œil de l'aigle et à celui de la colombe ; et entr'ouvrant son voile, elle tendit la main au chrétien qui l'entraîna hors du caveau.
Le même jour don Vives et la fille de l'inca gagnaient la grande chaîne des Andes , suivis d'un seul serviteur, le vieux gardien des trésors.
Pendant deux ans, les deux amants vécurent d'une vie céleste, oubliant le monde entier. Don Vives, jeune et hardi, parcourait les ravines et rapportait, chaque jour, dans la cabane où l'attendait son amoureuse compagne, le gibier que son arc ou son mousquet abattaient à ses pieds. Jamais ses absences ne se prolongeaient au delà de quelques heures, et, à son retour, sa voix n'était que plus caressante. L'arbre de ce beau printemps que les hommes appellent l'amour