‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 86 sur 185 · CHAPITRE xrii · texte numérisé non relu

CHAPITRE xrii

était toujours en fleur pour ce roupie joyeux.

La Péruvienne, instruite dans la religion chrétienne par don Vives, ne voulut plus prier qu'un n)éfne Dieu avec lui. afin que. agenouillés tous deux, aux mêmes heures, le eiel reçût leurs doubles actions de grâces pour le don mutuel qu'ils s'étaient fait de leurs cœurs. Mais, hélas! fout se flétrit sur cette terre d'épreuves, et les larmes de joie appellent les sanglots du désespoir! La Péruvienne ne tarda pas à remarquer (jue son amant revenait quehjuefois ))rès d'elle le front soucieux ; et, peu de temps après cette observalion qui jeta d'horribles doutes dans son esprit, elle vit don Vives s'éloigner d'elle plus souvent, et allonger son absence, sous de nombreux prétextes qui ne parvenaient pas à la consoler. Elle s'en ouvrit au vieillard dont Fâge avait glacé les forces, mais dont la sagesse était inébranlable; et, pour toute réponse, le vieillnrd secoua la tète tristement.

Ce jour-là même, don Vives revint dans les montagnes, fort avant dans la nuit, et sans butin.

Trop iîère pour se plaindre, la fdle de Tlnca feignit de n'avoir point souffert de son abandon, et dès l'aurore, lorsque don Vives sortit de la cabane pour se remettre en chasse, elle le snivit de près sans se montrer.

SSi LE CHEVALIER DE PAMPELONNE.

Don Vives descendit dans la plaine, rencontra une troupe d'Espagnols qui paraissaient se livrer au même plaisir que lui, les aborda amicalement et se mit de leur partie en tirant du côté des grandes savanes qui vont à Lima.

Alors la Péruvienne eut honte de sa jalousie, et elle revint, en toute hâte, retrouver son confident, pour s'accuser d'avoir méconnu son bienaimé.

Le vieillard l'écouta, et secoua de nouveau la tête avec chagrin.

— Quoi! tu n'es pas satisfait? demanda la fille de rinca!

— Non : mon coeur est plein d'épouvante ! Le malheur que je redoutais est bien près de fondre sur ta tête, pauvre enfant ! l'amour t'aveugle, tu craignais de surprendre ton amant dans les bras d'une rivale, et parce que tu n'as pas vu cette rivale, tu te crois en sûreté... Eh bien! moi dont les yeux sont fermés par la vieillesse, moi dont les pieds sont attachés au sol par plus de cent années , moi qui ne peux ni marcher ni voir, je connais cette rivale que tu ne soupçonnes pas, comme si je l'avais vue avec les beaux yeux de ma jeunesse.

— Ma rivale! qui est-elle? où est-elle?...

— C'est celle qui t'a détrônée , fille du soleil ! celle qui t'a chassée du palais des Incas

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et qui te vient chasser du cœur de ton cpoiix.

— Son nom?

— L'Espagne!... As-tu sérieusement pensé que ce jeune guerrier qui a traverse les mers par ambition se contenterait de ta cabane et de ton amour? As-tu pensé que la chaîne de tes deux bras serait assez forte pour retenir captif celui qui est venu de si loin pour tenter la fortune? Non! don Vives a pris tous tes baisers et dévoré toutes les ardeurs de ton âme, et l'ennui l'a gagné sur ton sein. Les souvenirs de sa patrie lointaine lui sont revenus en foule ; il a rêvé, près de toi , aux femmes de sa nation, aux fêtes de son enfance, a la gloire de ses compagnons, et il t'a abandonnée, sans s'inquiéter de la mort qu'il laissait sur ses traces entre toi et lui...

— Cela ne se peut pas, car je vais être mère, et don Vives , assez criminel pour m'abandonner et me trahir, n'est pas assez lâche pour refuser les embrassements de son enfant.

— Alors prie ton Dieu ; je vais prier le mien, et espérons !

La nuit vint et se passa sans que don Vives reparût. Le jour suivant, et toute la semaine, la Péruvienne éplorée et le bon vieillard attendirent sans plus de succès.

— Puisque tu soupçonnais cette odieuse liahison, disait la fille de l'Inca à son dernier ami.

pourquoi ne nras-tu pas détournée de cette folle passion?

— Parce que ton cœur était vaincu par elle, et que mes conseils eussent été perdus... J'ai d'ailleurs voulu que ton âme s'empoisonnât d'elle même de la haine que j'ai vouée à nos tyrans, et que tu dois porter plus haut qu'aucun Péruvien. Aujourd'hui cette haine déborde en toi , et je suis satisfait. Enfant, cesse d'invoquer à toute heure du jour ce Dieu des chrétiens qui a renversé les temples de nos dieux immortels; joue-toi de cette morale qui enseigne l'humilité et la charité au profit des heureux de la terre , qui ordonne :! rolTenséde })ardonner l'olTense, à l'opprimé de bénir ses fers... Réveille-toi, fille du soleil, sors de ton engourdissement, adresse aux grands éléments tes vœux de vengeance, et occupe-toi , dès ce jour, du soin de te venger toi-même.

— Que veux-tu que fasse une pauvre femme dont les entrailles sont déshonorées, qui n'a pas d'appui pour ses [)as chancelants, et dont la pauvreté fait pitié?

— Écoute-moi, chère fille ; hâte-toi de recueillir mes paroles, car demain peut-être mes lèvres seront glacées par la mort. Souviens-toi du jardin qui environnait ma maison il y a deux ans, et que nos tyrans ontj sans doute, saccagé. Tu

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