CHAPITRE XIH
un air pl.icide et presque niais; ses regards flottèrent inquiets et timides.
— Ilélas ! Excellence, répondit-il d'une voix liumble, il ûuit tant d'argent pour loger, comme vous, près de la porte d'Aleala !
— Cela te va bien de faire le gueux, toi qui prêtes à toute la cour.
— Ce ne sont pas mes doublons que je ])rèle, Excellence, ce sont ceux des usuriers qui ont en moi quelque confiance... Vous voyez où j'en suis réduit pour mon compte. Je n'ai même pas un petit sac de maravédis pour faire reparer cette pauvre hutte. Aussi j"y suis plus mal que dans la rue... Mais ne nous occupons pas plus longtemps d'un pauvre chien... Parlons de vous, Excellence.
— J"ai reçu ton avis il y a une heure à peu près.
— Eh bien ! monseigneur, donnez-moi vos ordres, j'écoute.
— C'est dans huit jours que j'épouse la fille du marquis de Fuentes.
— On me l'a dit.
— Le marquis est fort riche. Il est ambassadeur, il sera premier ministre , par conséquent je vais toucher aux premiers honneurs.
— N'est-ce donc que par ambition que vous aimez votre fiancée ?
— Par ambition et par amour... Elle est si belle qu'elle a effacé de ma mémoire toutes les images des femmes que j'ai possédées. La plus jolie de ces maîtresses oubliées n'était pas digne de servir ma fiancée à deux genoux. Je l'aime avec adoration , et cette adoration est , ma foi ! réciproque.
Les yeux de la Péruvienne lancèrent des jets de flamme ; le démon de la colère rugit dans son sein comme un lion blessé. Peblo la regarda, et elle détourna la tête.
— Alors, dit Peblo, je vous salue le plus heureux des hommes. Amour et gloire, c'est le triomphe de l'orgueil humain. Dieu vous donne ce que nul n'ose espérer.
— Oui, mais si tu ne viens à mon aide, tout m'échappera, fortune, amour, honneurs.
— Quoi! je tiendrais tant de fils enchantés dans mes pauvres mains !
— Tu les tiens tous. Écoute bien : j'ai connu la fille du marquis en Italie, à Milan. A cette époque, j'avais fait au jeu des gains énormes, et je menais une vie de prince, laissant croire que mes dépenses étaient autorisées par des trésors rapportés du Pérou, si bien qu'on me croyait la fortune d'un Inca. Mon luxe , et un peu mes façons, je peux l'avouer et rester modeste, me conquirent du même coup la faveur du marquis