‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 90 sur 185 · CHAPITRE XIII. 2d · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. 2d

de Fiiontcs et les bonnes grâces de sa fille. Je nie présentJii pour obtenir !a inaiii de la belle Manuela, et je fus accepté. Il faut dire (jue, voulant soutenir mon train de maison et ma réputation, je me fis riclie d'une fortune que je n'avais pas, et je dévorai, en quelques mois, celle que j'avais. Enfin, me voilà à Madrid ; dans liuit jours je me marie, et si je n'ai pas cent doublons, mon brave Peblo, pour acheter les équipages de ma femme, j'ai en revanche quelques usuriers à mes trousses qui me tracassent horriblement. Donc, tu devines sans peine ce que je viens te demander.

— Et vous faut-il beaucoup?

— Énormément.

— Hum! c'est beaucoup cela, en effet... Enfin, établissez votre compte.

— Je veux monter mes écuries, qui sont à peu près vides : avec quinze mules de Navarre et quinze chevaux andalous , je pourrai prendre patience. Il me faut acheter l'hôtel où je loge et payer ce que j'y dois. Avec quatre mille doublons, j'arrangerai cette petite affaire.

L'homme aux pauvres habits et au logis misérable écoutait avec soin le gentilhomme, et, la main tendue, il comptait sur ses doigts chacun des articles énoncés.

— Et le cadeau de noces , signor Peblo ! fit don Vives avec un grand soupir. Voilà qui est

rude, lorsqu'on a ma réputation, de faire trop bien les choses... liein ?

— C'est une affaire de trois mille doublons, repartit Peblo en avançant la lèvre à la manière des usuriers.

— Au moins, Santa Madré! au moins...

— Mettons donc quatre mille...

— ^ A la bonne heure.

— Tout compte fait , dit Peblo , tant pour cadeaux que pour achat d'hôtel , pour monter votre maison , jeter vos largesses par les rues et faire en tout merveille, je vois que c'est une somme ronde de quinze mille doublons qu'il vous faut.

— Nous sommes d'accord.

— Après tout, cela ne fait qu'environ deux cent mille ccus de France : juste la moitié de la somme que j'ai prêtée au roi François P'" pour retourner d'Espagne en son royaume... Eh bien !

— Eh bien ?

— Le marquis de Fuentes est assez riche pour que je n'aie aucun souci du placement de mes écus. Votre parole vaut de l'or... Vous aurez donc ces quinze mille doublons, et m'en reconnaîtrez seize mille que je toucherai huit jours après votre mariage... Cela vous convient-il, monseigneur?

— Parfaitement, et quand recevrai-je vos doublons, moi?

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— Ah ! jo ne puis vous répondre à coup sûr : il fjuit que je consulte mes frères et (jue je fouille un peu dans toutes les escarcelles. Mais comptez sur moi et trnnchez du prince avec tous vos fournisseurs; foi de Peblo, vous n'entrerez pas dans la chambre nuptinle sans avoir acquitté vos dettes.

— Oui, mais les marchands ne voudront pas me faire crédit.

— Adressez-vous à Perez pour les mules et les chevaux ; c'est mon neveu, et nul maquignon n'est mieux pourvu ; à Antonio pour le cadeau de noces , c'est mon oncle ; à Pelagio pour l'hôtel, c'est un ami ; à José pour tout le reste, et autorisez-vous de mon nom. Vous serez servi comme l'empereur. .. D'ici à la fête des épousailles, je vous remettrai tous vos comptes acquittés et le surplus en belle monnaie.

— A merveille !... je vous quitte, seigneur Peblo , car il ne fait pas bon en manteau de velours quand la nuit est noire, aux environs de votre logis.

— Que Dieu vous accompagne... Ah ! Excellence ?

— Quoi?

— Nous avons omis un article important dans rétablissement de votre traiu de maison.

— Lequel ?

— Nous n'avons pns parlé de vos plaisirs.

— Mes plaisirs?

— Oui, vos petits plaisirs.

— Ah! le jeu?

— Non.

— La table?

— Non.

— Le bal, le tournois, la toilette?

— Non.

— Quoi donc?

— Pardienne ! votre oreille est , ce soir, un peu paresseuse... Vous n'avez pas l'ombre d'une maîtresse?

— Vous êtes un bien grand débauché, Peblo : répartit don Vives en riant, ne vous ai-je pas dit que je suis fou de ma fiancée?

— Bah ! sérieusement ?

— Je l'aime de toutes les forces de mon âme, avec ivresse et rage.

— Bon ! mais cette passion-là ira rejoindre les autres.

— Possible que non.

— Vous croyez... Vous devenez donc vieux?

— Affreusement. Il y a huit ou dix ans , mes amours vivaient deux jours dans ma tête et dans mon cœur. Deux ans plus tard, j'en avais chaque fois pour quinze jours , puis pour un mois, puis pour un an. Au Pérou , j'ai vécu,

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comme nii ours, dans les bois et les montairncs, ])en(lantdeux mortelles années, avec la fiJledun Inca qui m'avait, je crois, ensorcelé. Il est vrai (le dire que, quand je l'ai quittée, j'en étais parfaitement embarrassé. Figurez-vous une espèce de Minerve pour le cœur et le visage... Je Tai aimée deux ans! c'est une bonté, mais je la confesse. Elle aurait voulu que je ne remisse plus les pieds en Europe, et croyait bonnement que jallais user ma jeunesse à tuer des perroquets et des buffles et à bercer quelque nouveau-né, fils du soleil par sa mère et d'un bidalgo par don Vives. Aussi j'ai pris la fuite , et me voilà cncbaîné dans les lacets de dona Manuela. J'en aurai peut-être pour quatre ans cette fois; après ce temps je viendrai vous voir.

-— Dans quatre ans donc... Mais en attendant, veuillez parler à vos amis de la perle fine que je tiens à leur disposition. Ce sera dans quelques jours, lorsque je l'aurai façonnée, une maja incomparable... Voulez-vous la voir?

— Hé ! pourquoi pas?

— Je vous assure qu'aucun seigneur, aucun financier n'a possédé semblable merveille; et quand elle fera ronfler le tamtam sur la place du palais, quand elle bondira dans le fandango, les ambassadeurs lui jetteront tous leurs diamants.

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Il est vrai qu'elle a déjà nourri.. . mais elle est si jeune qu'on n'en saura ni n'en verra rien... D'ailleurs, c'est la coutume des femmes du nouveau monde d'être mères lorsqu'elles sont encore enfants.

— Ah ! elle est du nouveau monde?

— Elle le dit, du moins, mais vous m'allez confirmer dans la vérité, vous qui connaissez les Péruviennes... Allons ! debout ! cria Peblo d'une voix aigre, impérieuse et dure.

Ma grand mère se leva majestueusement, écarta sa cape et sa mantille, mit à découvert le doux visage de sa fille endormie, et passa sa main frémissante sur son front pour le dégager des noirs cheveux qui le voilaient.

Don Vives s'avança vers la Péruvienne. Peblo prit la lampe, l'éleva et inonda tout à coup de lumière ce beau visage que l'orgueil, la jalousie, le mépris, la haine et la colère, animaient et ennoblissaient, en lui donnant une expression à la fois magnifique et terrible.

Malgré l'éclat des rayons lumineux dont ses yeux durent être blessés, la glorieuse fille de rinca attacha sur son bourreau un regard d'aigle, immobile et foudroyant ; sa bouche demeura fermée, mais ses lèvres se plissèrent avec un inexprimable dédain.

— Et alors? demanda la signera Fabiani qui

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