‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 92 sur 185 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

étourdie répieu du chnsseur, et qui, ramnssant SCS forces, pousse tout à coup un rugissement furieux , se désaltère dans son propre sang et bondit sur son ennemi.

— L'nimez-vous encore? demanda Peblo.

— Moi l'aimer! s"écria la Péruvienne. Oui , je l'aimerai, mais frappé au cœur, mais sanglant, livide à mes pieds... Oh! clicre enfant, ajoutât-elle en pressant sur son sein sa fille que réveilla cette vive étreinte , il nous faut une vengeance à toutes deux... nous l'aurons.

— Que comptez-vous faire , maintenant ? dit le cavalier en se drapant dans son large manteau, de manière à ne montrer que son visage basané, sur lequel étincelaient ses yeux fauves et blancs.

— Le tuer! répondit la Péruvienne en s'asse} ant sur le grabat et livrant les nattes de ses cheveux aux mains joueuses de son enfant. Le tuer, moi-même... moi !

— Très-bien... mais vous ne {)Ourrez accomplir seule ce grand projet.

— Pourquoi?

— Parce que don Vives n'est pas abordable et ne le sera pas, surtout, jusqu'au jour de son mariage... Il vous faudra donc attendre.

— Attendre... non. non! J'arriverai bien jusqu'à ce monstre.

— Avec le secours d'un ami, je ne le nie pas, mais seule, jamais.

— Alors, je trouverai cet ami.

— Où le prendrez-vous ?

— A Madrid même.

— Vous connaissez donc quelqu'un dans cette ville, vous y avez donc... ?

— Un ami , oui, et j'ai toute confiance en lui.

— Son nom ?

— Peblo.

— Moi?

— Vous !

— Merci ! Je vous suis dévoué, en effet.

— J'y comptais.

— Donc, je vous servirai et vous livrerai votre ennemi. Mais que ferez-vous pour moi , vous?

— Je vous garderai beaucoup de reconnaissance ou vous donnerai beaucoup d'or... Choisissez.

— Vous avez donc de l'or à jeter à pleines mains ?

— Oui, je vous enrichirai.

— Inutile, dit Peblo en haussant les épaules ; que fait l'eau du fleuve à la mer ?

— Quoi ! vous n'êtes donc pas pauvre ?

— Non.

— Cependant, cette maison que vous habitez, ces haillons qui vous couvrent , cette paille...

CHAPITBE XHT. 265

— La misère est mon luxe, à moi... cliacun a sa folie ici bas.N(! nravez-vous j)as entendu tout à riieurc parler dédoublons comme des cailloux du Mançanarès ?

— Oui, mais c'est au nom d'une société occulte que vous parliez.

— Qu'importe, si ces doublons sont à mon service ?

— Alors, contentez-vous de ma reconnaissance.

— Non.

— Pourquoi?

— C'est trop peu.

— Que vous faut-il donc? demanda la Péruvienne en levant ses beaux yeux avec un calme candide sur cet homme étrange.

— Votre amour.

La Péruvienne se recula avec un geste d'horreur et de dégoût, comme si elle eût mis le pied sur un reptile.

— Ne prononcez plus ce mot devant moi, me dit-elle avec majesté ; je ne le comprends pas.

— Il faut cependant bien que vous le compreniez, car je vous aime, car depuis près d'un an je marche dans votre ombre, comme un chien sur les talons de son maître, car je passe mes nuits sous votre balcon, car je veille sur vous, à votre insu, car vous êtes l'air qui me fait vivre, le parfum dont je m'enivre, le rêve qui me berce dans

mon sommeil , la chanson qui m'ëgaye et la mélancolie qui m'altriste ; vous êtes ma joie et ma douleur, mon travail et mon repos , ma tête et mon cœur... Vous êtes tout pour moi, et vous serez à moi.

— Adieu ! dit la Péruvienne en se levant.

— Sans adieu ! car, si vous sortez, je vous suivrai.

— De quel droit ?

— Du mien ; et ce droit je l'ai payé par une année d'épreuves ; je suis prêt à le payer encore aujourd'hui en vous livrant don Vives.

— Je n'ai besoin de personne. Mes deux mains sont h mon service, et me seront fidèles.

— Oui, mais un bras plus fort que le vôtre l'arrêtera.

— Quel est ce bras ?

— Le mien.

— Vous oseriez... ?

— Don Vives est mon client; veillant sur vous, je veillerai sur lui ; et cela, nuit et jour ; au moment où vous croirez pouvoir frapper, je détournerai le coup.

— C'est donc un guet-apens que vous m'avez tendu ?

— Non : c'est un rendez-vous que je me suis ménagé.

— Et si je vous tuais, vous ?

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