CHAPITRE XIII
— Non; SCS ordres sont donnés, son secret n'est confié à personne.
— Partons donc, s'écria la Péruvienne en sautant snr son si} Ict qui était posé sur le berceau de sa fille, nous ferons ainsi, mais ce sera moi qui frapperai.
— Ta main n'est ni assez ferme, ni assez rapide, ni assez sûre.
— Elle s'est trop longtemps posée sur son cœur pour ne pas en connaître la place... Marchons ! tu verras.
La fille de l'Inca prononça ces mots avec une exaltation sauvage. Ses traits animés d'une teinte énergique, ses yeux remplis d'éclairs et son front de reine éblouirent le gitano , comme si à la lueur de la foudre , et dans des lambeaux de nuage, il eût vu la face du dieu de ses tribus.
La Péruvienne tenait sa porte entrouverte, elle se retourna vers Peblo qui était demeuré droit et immobile dans la chambre.
— Eh bien ! lui dit ma grand'juère, tu hésites ?
— Non.
— Qu'attends-tu ?
— Tout.
— Explique-toi ?
— Ma récompense.
— L'as-tu donc déjà méritée ?
— Non, mais ma parole est sûre.
— Et la mienne, as-tu le droit d'en douter?
— Je suis donc ton esclave ?
— Tu seras mon maître.
— Je veux un gage.
— Choisis.
— Un baiser.
— Prends.
Le roi des gitanes posa ses lèvres en feu sur deux lèvres de marbre; la Péruvienne ressemblait à cette statue de Judith qui est dans votre palais de Malamoco.
— Maintenant commande, ordonne, dit Peblo, tu as cent mille hommes sous tes lois.
La Péruvienne et son guide marchèrent côte à côte dans la nuit noire; Peblo frappa à une porte.
— Est-ce là? demanda ma grand'mèrc.
— Non, mais il te faut changer de costume pour détourner tout soupçon. Nous sommes ici chez l'un de tes sujets.
Cette maison n'était ni moins ni plus misérable que celle de Peblo. Une vieille femme, au visage horrible et couturé , aux vêtements souillés et au regard oblique, vint ouvrir.
La Péruvienne éprouva un frisson de dégoût.
— Donne-moi les habits de fête de ton fils,