CHAPITRE XITI
bondissant avec l'nj^ilité du tii,'re, clic enfonça son stylet dans le eœiir de don Vivi-s qui poussa un faible souj)ir et tomba eoniinc foudroyé.
Le mancbe de l'arme était entré, à moitié, avec le fer, dans la plaie.
Peblo poussa le cadavre du pied et dit froidement :
— Il n'a pas souffert; la vengeance est noble, mon enfant.
La Péruvienne se pencha sur la tétc de don Vives et coupa une boucle de ses cheveux avec le tranchant de son poignard.
Le gitano la regarda faire; et, souriant avec amertume, il lui dit :
— Le souvenir du mort te sera-t-il plus cher que le vivant ?
— Ce souvenir est pour ma fille, répondit la Péruvienne avec un sublime dédain. Je lui dois compte de son père !
Peblo chargea le cadavre sur ses épaules, et, montant sur une terrasse voisine, il le lança pardessus le mur, dans un ravin qui longeait le jardin.
Après quoi les meurtriers se retirèrent soigneusement enveloppés dans leurs manteaux, sans que les laquais affairés s'occupassent deux.
Le roi des gitanos conduisit ma grand'mcre chez elle, et lui dit de prendre son enfant et ses
objets les plus précieux, parce qu'il lui fallait quitter Madrid à l'instant même.
La glorieuse fiile de l'Inca obéit à cet ordre comme fait l'esclave d'un sérail à son seigneur.
Elle prit son enfant dans ses bras et donna le coffre qui contenait son trésor à Peblo, en le priant de le porter.
Le gitano ne demanda même pas ce que renfermait ce cofifre si lourd, et lorsque la Péruvienne fut prête pour le départ, il marcha devant elle.
A deux lieues de Madrid est une forêt redoutée. La Péruvienne et son guide y arrivèrent, s'y engagèrent et s'arrêtèrent sous l'arche d'un vieux pont jeté sur un torrent, alors desséché. Peblo fit retentir la forêt d'un coup de sifflet, et de toutes les broussailles sortirent des hommes, des femmes et des enfants qui vinrent se ranger autour du pont. C'étaient des gitanos de la tribu d'Elzingar qui venaient saluer leur roi. Ils allumèrent de grands feux, et Peblo, leur présentant la Péruvienne, la proclama son épouse et leur reine. Des acclamations bruyantes accueillirent cette grande nouvelle et réveillèrent le peuple ailé qui dormait sous les feuillées. Le festin commença et s'acheva dans l'orgie, comme toute fête des tribus maudites; puis, chaque gitano se retira dans sa tanière, dans son buisson, et Peblo demeura en tête-à-tête avec sa femme.