‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 104 sur 175 · CHAPITRE II. Ôl · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. Ôl

désespoir de cause, et s'était jeté à corps perdu dans la Ligue, mettant à profit son adresse à manier les armes, adresse qui l'avait fait surnommer le capitaine Clément. Hardi, zélé, ardent, le jeune religieux ne tarda pas à attirer sur lui l'attention de ses supérieurs et celle des chefs militaires de la milice parisienne. On lui confiait les missions les plus périlleuses , les coups de main les plus difficiles, et on le chargeait de répandre, dans les carrefours, ces furieuses satires que le clergé lançait dans les masses populaires, comme des flèches enflammées.

Tout à coup, le frère Clément changea de conduite, refusa de prendre part aux combats, de monter ses gardes et de faire, enfin, son métier de ligueur, c'est-à-dire son métier de guerre et <réglise. Il s'abstint de paraître en public, observa des jeûnes d'anachorète, s'imposa de sévères pénitences, marcha le front penché, les bras croisés, et prit un air d'illuminé qui fit de lui la risée des jacobins ses compagnons.

Il passait des heures entières en extase et en dévotion, ne parlait que sur un ton emphatique, et n'ouvrait la bouche que pour en laisser sortir des sentences ténébreuses pour tous, à l'exception du prieur Bourgoing, auquel il avait confié le rêve étrange qui avait jeté la perturbation

dans son esprit. Maître de cette confidence, nous savons que le fougueux prieur s'était concerté avec la duchesse de Montpensier, et que, pour entretenir Clément dans ses pensées extravagantes, la duchesse était venue lui répéter à travers la cloison de sa cellule l'exhortation qu'il croyait être descendue du ciel.

On sait ce qu'avait produit la voix de la duchesse; le jacobin avait reconnu ce timbre charmant qui, le jour de la procession dTlampes, avait fait vibrer toutes les cordes de son âme, le succès de cette comédie bouffonne jouée par madame de Montpensier et Bourgoing avait donc été aussi complet que possible.

L'esprit grossier de Jacques Clément ne pouvant rien démêler au piège qu'on lui tendait s'y était laissé prendre sans résistance, car il y avait trouvé tout profit pour l'âme et la matière : pour l'âme, en obéissant à Dieu que son culte fanatique outrageait ; pour la matière, en servant une femme que son imagination dépravée poursuivait d'odieux désirs !

En entrant dans la première cour du prieuré, Jacques Clément rencontra Bourgoing qui se promenait lentement, le front baissé, l'air préoccupé.

— Je vous salue, mon père, dit le jeune religieux avec respect.

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