‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 105 sur 175 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

— Je vous attendais, mon fils, suivez-moi dans mon cabinet; j'ai à vous entretenir gravement. Vous occupez sans cesse ma pensée depuis quelques jours, et je vous vois avec bonheur, chaque fois que je vous rencontre.

— Pourquoi cela, mon père?... Pourquoi cet honneur?... Je ne suis qu'un très-humble serviteur du Très-Haut.

— Vous êtes son élu, mon fils, et je devrais me prosterner devant vous, car il vous a marqué au front de son étoile... Vous vivrez dans le siècle des siècles. . . Suivez-moi.

Dès que Bourgoing et Clément se furent enfermés en lête-à-têle, le prieur dit d'une voix mielleuse :

— Mon fils, répétez-moi ces mots sacrés que vous avez entendus pendant votre sommeil.

Jacques Clément obéit.

— Et vous avez reconnu cette voix? Vous êtes bien sur qu'elle appartient à la femme que, dans le délire coupable de vos sens, vous avez aimée?

— Oh! mon père, aurais-je pu m'y tromper? Oui, je l'ai reconnue cette voix, je l'aurais reconnue entre mille, car son accent résonne au fond de mon cœur, depuis que, comme une harmonie céleste, elle a charmé pour la première fois mon oreille. Je m'étais accusé d'un amour profane; j'avais voulu chercher dans le service de Dieu la

Ôi [.E CHEVALIER OE PAMPEIONWE.

paix de mon àme troublée, et c'est cette voix qui est venue lu 'apporter la volonté divine, m'ordonner l'acte sanglant qui doit sauver mes frères ; c'est elle qui ma indiqué le sentier que je dois prendre pour arriver à l'immortalité par le martyre, sans doute !

— Eh bien ! mon fils, puisque votre chemin est tracé, il faut le suivre. Par cette révélation, Dieu vous a indiqué combien sa grâce est touchante : obéissez-lui d'abord, et si votre triomphe était couronné par le martyre, songez que l'ange qui vous est apparu sera votre éternelle compagne au séjour des élus où votre place est réservée ! Le Valois arrivera dans trois jours sous Paris, la Providence vous l'envoie; rassemblez votre zèle et vos forces... Quand comptez-vous obéir à la voix qui vous exhorte?

— Mon père, je partirais à l'instant même, si un doux espoir ne me retenait !

— Quel espoir, mon fils ?

— Je veux encore passer une nuit dans ma cellule bien heureuse, j'y veux prier, j'y veux dormir, j'y veux attendre!... peut-être serai-je encore visité?...

— Jen doute, mon enfant; quand l'homme est incrédule et lent à obéir , Dieu l'abandonne.

— Une nuit encore, mon père, une seule

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