‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 110 sur 175 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Balthazar, homme à télc carrée, ventre de tonne et jambes de basset.

— Nous voulons une bonne chambre, répondit Pampelonne, avec deux bons lits, un bon souper et une bonne écurie pour nos chevaux ; nous voulons, enfin, que vous nous traitiez en bons ligueurs que nous sommes.

— Il n'y a rien de mauvais chez moi, répliqua l'hôte, tout y est bon et même très-bon... En dirai-je autant de votre argent, compères? ajouta Balthazar en examinant avec une lanterne les deux rosses cliétives des voyageurs.

— Je vois que vous êtes un luron, reprit Pampelonne ; vous saurez bientôt que pour être porte-balle on n'est pas dans la débine. Conduisez-nous à notre chambre, et faites-y porter nos valises.

— Suivez-moi, messieurs.

Gourdon et Pampelonne montèrent, à la suite de leur guide, un premier étage, puis un deuxième, puis un troisième et un quatrième.

— Eh! arriverons-nous? fit Gourdon.

— Pas d'aujourd'hui , sans doute, répondit Pampelonne.

— Vous voilà chez vous, messieurs, dit l'hôte en s'essuyant le front , vous serez en très-bel air...

— Eh ! je crois qu'il n'y a que cela de beau

46 LE CHEVAIIER nE rAMPEtON^E.

ici , grommela Pampelonne en examinant la chambre délabrée où il était entré ; je ne vois qu'un li(.

— Nous n'avons pas de chambre à deux lits.

— Très-bien... mais voilà une cheminée qui fume horriblement...

— Ce n'est rien, cela, interrompit l'hôte, elle fume beaucoup plus en hiver lorsqu'on y fait du feu... vous tiendrez les fenêtres ouvertes.

Gourdon regarda l'aubergiste, croyant qu'il voulait goguenarder, mais le bonhomme était sans malice.

— D'où vient cette fumée ? demanda le chevalier.

— Elle vient de la chambre au-dessous qu'habile depuis longtemps un vieux savant, un chimiste espagnol qui travaille à faire frémir, le nez sur ses livres et sur ses fourneaux... Vous ne tarderez pas à l'entendre parler tout haut et seul, cela vous distraira eu vous instruisant... C'est un homme prodigieusement érudit que Ton vient consulter jour et nuit. Savez-vous l'hébreu, le grec?...

— Vous êtes, vous, prodigieusement original, maître Balthazar, de nous loger si haut, si mal, dans une chambre farcie de fumée, où Ton nous doit casser les oreilles de grec et d'hébreu.

— Que voulez- vous que j'y fasse?

Page 1